Plus personne ne lit en profondeur : ce que cela dit de notre société

À force de survoler les articles pour « gagner du temps », notre cerveau s'adapte. Et pas de la meilleure des façons...

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Au fil des années, notre cerveau s’est adapté au flot d’informations en continu, en adoptant une lecture dite « en diagonale ». Ce qui signifie que l’on ne va plus au fond des articles ou des papiers que l’on lit, pour en parcourir rapidement le contenu, capturer l’essence du propos et ainsi passer au suivant. Les anglophones ont inventé un terme pour cette pratique : le « Skim Reading », une pratique qui s’arrête sur certains mots pour se faire une idée du contenu, en fonction de nos intérêts personnels. Michael S. Rosenwald rapporte dans le Washington Post que, selon les neuroscientifiques cognitifs, les humains semblent développer des cerveaux numériques dotés de nouveaux circuits permettant de parcourir le contenu au détriment de la lecture en profondeur.

Dans une société où tout s’accélère, il est effectivement rare que l’on prenne le temps de se plonger dans un livre pendant plusieurs heures d’affilées, comme cela pouvait être le cas il y a quelques années encore. Pourtant, l’immersion par la lecture offre de nombreux bénéfices et permet au cerveau de travailler sur l’empathie, en se mettant à la place des personnages que l’on découvre au fil des pages, mais aussi d’activer nos sens. Par exemple, lorsqu’on lit un extrait qui parle d’une robe soyeuse ou de feuilles mortes, des parties du cerveau traitant de la perception sensorielle sont activées. Un livre nous permet également de hiérarchiser les informations, sachant qu’on accordera plus d’importances à certains passages, à la fin du texte ou au début. En d’autres termes, on perd en subtilité et en complexité.

Plus d’analyse critique

La technique de la lecture « en diagonale » a énormément d’impact sur notre fonctionnement global. « Jamais dans l’histoire de l’humanité, notre cerveau n’a dû traiter autant d’informations qu’aujourd’hui. Nous avons maintenant des générations de personnes qui passent de nombreuses heures devant un écran d’ordinateur ou un téléphone portable et qui sont si occupées à traiter les informations reçues de toutes parts, qu’elles perdent la capacité de penser et de ressentir. La plupart de ces informations sont superficielles. Les gens sacrifient la profondeur et les sentiments et sont coupés des autres », explique Rosenwald.

Une étude menée par le laboratoire Tiltfactor de Dartmouth, également basée sur nos habitudes de lecture, a démontré que l’on retenait moins les contenus lorsqu’on les lit sur écrans que sur papier. La raison ? Le cerveau se concentre sur des détails concrets et fait abstraction de la compréhension globale de l’article. De fait, le rôle « stimulant » de la lecture, qui fait naître de nouvelles idées, est fortement impacté par ces nouvelles pratiques. Et ce n’est pas tout : notre sens d’analyse critique d’un texte, d’autant plus lorsqu’il est intense, se réduit fortement. Que ce soit dans littérature, ou dans des documents officiels comme les testaments ou les contrats. Résultat, nous sommes d’autant plus vulnérables aux « fake news ». Le « skim reading » peut donc être utile dans certains cas, mais il est également essentiel de prendre le temps de se plonger dans un roman.

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