Derrière les bâtiments scolaires en ruine, un enseignement en péril

Un cadastre sur les "besoins pour les bâtiments scolaires" met en lumière des écoles vétustes, une mauvaise gestion des risques incendie et des cours de récré qui s'affaissent. Une réalité symptomatique du désinvestissement global dans notre enseignement, systématiquement mal classé dans les études internationales. 

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Un rapport rédigé à l’initiative personnelle d’une conseillère en prévention sur base de 19 athénées bruxellois entre 2016 et 2017 (puis actualisé en 2018) ne rassure pas. Présenté ce mercredi devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par le ministre du Budget Frédéric Daerden, il met en évidence « les besoins urgents des établissements scolaires. » Le rapport fait état de bâtiments anciens et vétustes, du manque de suivi des travaux en cours, d’une mauvaise gestion des risques incendie, des installations électriques non conformes, de l’affaissement de cours de récré, de diverses fuites d’eau, de portes de secours qui n’en sont plus, d’un éclairage défaillant, de sanitaires en mauvaise posture, de problèmes de façades, de châssis, de chaufferie, de cages d’escalier et même… d’une fuite de gaz.

Le cadastre ne cite pas d’exemple concret. Mais les syndicats pointent souvent des cas problématiques. Le 21 octobre dernier, notamment, 40 enseignants de l’Athénée royal d’Uccle 2 ont notamment marqué un arrêt de travail pour réclamer des rénovations dans leur école « insalubre ». Ils dénonçaient des fuites de gaz, des éclairages dangereux et une infiltration d’eau. Les problèmes sont également connus à l’Athénée royal de Ganshoren. Mi-octobre, une chaîne humaine de 100 personnes s’est formée autour de l’école pour marquer leur désaccord.

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Désinvestissement depuis les années 80

Cette réalité n’est pas nouvelle. « Ce désinvestissement date des années 80, rappelle l’économiste de l’éducation de l’UCLouvain Vincent Vandeberghe. À cette époque, l’État belge a commencé à sentir une pression sur ses budgets et à stopper ses investissements dans tous les secteurs dont le domaine scolaire. 40 ans plus tard, on commence à en subir vraiment les conséquences. » L’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles souffre d’une problématique supplémentaire: « Les trois réseaux ne sont pas hétérogènes. Les écoles communales et provinciales tirent mieux leur épingle du jeu, même s’il y a aussi des problèmes. Les deux réseaux officiels subventionnés ont plus de difficultés. Le problème est en outre le fait que les directeurs d’école et les pouvoirs organisateurs ne peuvent pas répartir les budgets comme ils le souhaitent. Il y a l’enveloppe salariale à laquelle ils ne peuvent pas toucher. Contrairement aux universités, par exemple, qui peuvent choisir d’embaucher un peu moins de profs pour rénover un bâtiment. »

Le symptôme d’un système scolaire défaillant

La problématique dépasse cependant le piètre état des bâtiments scolaires avec tous les enjeux de sécurité qu’il engendre. Aucune étude sérieuse ne confirme la corrélation avec la qualité de l’enseignement. « C’est cependant du bon sens, appuie Vincent Vandeberghe. On peut être dans de vieux murs, mais l’état de délabrement est problématique. Si les profs doivent se préoccuper du plafond et que les enfants ont froid, tout le monde est moins concentré. »

Le président de la CGSP-Enseignement Joseph Thonon en est encore plus convaincu: « L’état des bâtiments est révélateur d’un désinvestissement global dans l’enseignement obligatoire. Chaque année, des écoles ont des pannes de chauffage. En Wallonie aussi! Ça a été le cas à La Louvière l’an dernier. Ça arrivera encore cet hiver… » Le désinvestissement touche aussi le ministère de l’Éducation: « La réforme de la formation initiale qui doit passer de 3 à 4 ans et qui a été reportée d’un an par le gouvernement par manque de budgets pour revaloriser le salaire des profs est un autre exemple. Comment améliorer la qualité de l’école dans ce contexte? On observe cela dit une volonté des ministres de prendre les choses en mains. C’est positif, même si ce qui est prévu ne sera probablement pas suffisants pour régler tous les problèmes. » Au-delà de la question des bâtiments qui n’est pas de son ressort, la ministre de l’Éducation Caroline Désir est consciente que l’école n’est plus adaptée à nos enfants. Les études internationales comme Pisa le prouvent chaque année. Le Pacte pour un enseignement d’Excellence est censé régler les choses à horizon 2029.

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