François Hollande se souvient : « La seule question qui vaille à cet instant : quand ces attaques vont-elles s’arrêter ? »

Il y a quatre ans, des attentats contre les terrasses parisiennes et le Bataclan secouaient la France. L'instruction judiciaire est désormais terminée. Le procès est attendu pour 2021. François Hollande, lui, n'oublie pas...

belgaimage-140328715-full

On se rappelle tous de cette soirée du 13 novembre 2015. Le président François Hollande était aux premières loges. Dans un entretien accordé 4 ans plus tard au magazine Le Point, il se remémore avec précisions cette sombre nuit. Il était assis dans la tribune présidentielle du Stade de France quand l’alerte lui a été donnée.

Il explique: « J’avais déjà un doute après avoir entendu une première explosion amortie par la foule quelques minutes après le début du match, puis il y eut une deuxième détonation. Mais je ne perçois aucun mouvement de panique dans le stade ni sur le terrain. Il peut donc s’agir d’un pétard ou d’une bombe agricole. » La responsable du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) vient ensuite lui annoncer qu’une bombe a explosé et qu’il y a déjà un mort. « J’apprends qu’un acte terroriste est en cours. Mais je n’en connais pas l’ampleur. Il peut être limité au Stade de France, ce qui est déjà d’une extrême gravité compte tenu du nombre de spectateurs. Je ne quitte pas tout de suite mon siège, car le départ du président de la République peut créer un mouvement de panique. J’attends quelques minutes, au cours desquelles la France, d’ailleurs, marque un but ; les spectateurs restent pris par le match. » Puis, vers la 30e minute, il s »éclipse et monte dans la salle de commandement où sont réunis les responsables policiers, médecins, pompiers et l’ensemble des services de sécurité. « C’est alors que je suis informé par le Premier ministre Manuel Valls, qui se trouve dans le 11e arrondissement, qu’il se passe quelque chose là-bas. »

« Ma crainte est que les spectateurs apprennent… »

Il poursuit: « Nous pensons que le stade est sécurisé à l’intérieur, et qu’il n’y a pas de trace de terroristes à l’extérieur. Je regagne donc ma place dans la tribune pour suivre le match France-Allemagne. Ma crainte est que les spectateurs dans le stade apprennent par les réseaux sociaux qu’une bombe a explosé au plus près du stade et qu’ils aient la volonté de quitter les lieux. » […] « Nous nous enfonçons dans la nuit avec les seules questions qui vaillent à cet instant : quand ces attaques vont-elles s’arrêter ? Combien de morts et de blessés sont à déplorer et à pleurer ? Quand serons-nous sûrs ? Cette guerre qui s’est déclarée sur notre sol ne va-t-elle pas se prolonger le lendemain, et sous une autre forme ? »

Quelques jours plus tard, le bilan tombe. Les attentats les plus meurtriers dans la France moderne ont fait 131 morts et 413 blessés sur les terrasses parisiennes et dans la salle de concert du Bataclan. À cette époque, Daesh est au maximum de sa puissance. Il vient de conquérir Mossoul, occupe Raqqa et contrôle un tiers de la Syrie et une grande partie du nord de l’Irak. Et, surtout, Salah Abdeslam est encore en liberté. La paix est donc loin d’être acquise. Le Point demande à l’ancien président s’il a ressenti de la peur… Il répond: « Pour moi-même non, à aucun moment. Pour les Français, oui. Que risquent-ils ? Que devons-nous redouter collectivement ? Que cherchent les terroristes islamistes ? Ils veulent nous diviser, créer une séparation, ouvrir une guerre de religion, créer une défiance entre nous, provoquer une peur qui crée l’affrontement, briser notre unité. »

Procès en 2021

Quatre ans plus tard, le terrorisme islamiste a heureusement perdu en puissance et les investigations menées par les juges d’instruction sont terminées. Cela a pris du temps, car ce dossier implique 5 magistrats, 1.700 personnes constituées parties civiles, de nombreux témoins et victimes, etc. Ainsi, 14 personnes ont été mises en examen dont 11 sont en détention provisoire. Le procès n’aura toutefois pas lieu avant 2021…

Sur le même sujet
Plus d'actualité