Comment démonter les rhétoriques extrémistes ?

À force de dire que les fachos sont des idiots, on passe pour des donneurs de leçons. Et ce n'est pas de cette façon qu'on les fera changer d'opinion...

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C’est sur Internet et notamment YouTube que de nombreux Américains découvrent, parfois très jeunes, les discours d’extrême droite. Selon la logique de l’algorithme de recommandations de vidéos de la plateforme, un ado qui s’intéresse aux jeux vidéo peut se retrouver exposé à une rhétorique antiféministe virulente et, de fil en aiguille, passer à une critique radicale du multiculturalisme, avant de finir sur des sites suprémacistes blancs… Le schéma est un peu caricatural et manque de nuances (les ados fans de jeux vidéo ne sont pas des fachos en puissance), mais les plus vulnérables ou ceux qui manquent d’esprit critique trouveront peut-être des réponses faciles dans certains discours, alors que la galaxie YouTube de l’alt-right a des stars (parfois très jeunes) dont les vidéos font des millions de vues!

Une fois leur cerveau retourné, comment faire pour les raisonner face aux contre-vérités des discours extrémistes ? Face à une remarque inappropriée, deux options s’imposent souvent naturellement : l’ignorer et faire semblant de rien, ou rétorquer violemment (voire verser dans les injures). Les deux s’avéreront bien souvent contre-productif. Pris dans un cercle vicieux,  ne se sentant pas écouté et ou incompris, le sujet aura tendance à se complainte dans une posture de victime et trouvera du réconfort auprès de semblables qui pensent comme lui…

« L’anti-internet »

La youtubeuse Natalie Wynn a bien compris que la mécanique du clash ne fonctionne pas. À 31 ans, cette ancienne thésarde en philosophie de l’université de Chicago a récemment effectué sa transition d’homme à femme et, en réponse à la popularité de la fachosphère américaine, elle a lancé ContraPoints, une chaîne YouTube réunissant plus de 750.000 abonnés. D’une durée de 30 minutes en moyenne – format assez long sur la plate-forme -, ses vidéos déconstruisent les discours radicaux. Mais plutôt que de condamner d’emblée ses ennemis de racistes ou de sexistes, elle essaie de comprendre leurs motivations en dialoguant virtuellement avec eux. « Je ne veux pas leur faire la leçon ou sympathiser avec eux. Je veux les comprendre« , déclarait-elle dans une interview à la radio canadienne. Sa capacité à tolérer la nuance, la complexité et le dialogue fait de ContraPoints l’exact inverse d’internet qui condamne sans essayer de convaincre à travers des discours moralisateurs. Et ça marche !

Avec beaucoup d’humour et d’empathie, ses vidéos ont trouvé un échos de l’autre côté du mur, aidant même certains à quitter l’alt-right ou à cesser d’être misogyne ou transphobe. Un ancien militant d’extrême-droite expliquait récemment que Natalie Wynn avait été « la première personne qui avait pris le temps de débattre sans [le] dépeindre comme un monstre« . C’est une double victoire pour la jeune femme qui reçoit énormément de messages de personnes transgenres qui lui disent que ses vidéos les ont beaucoup aidées, même si la guerre entre la haine et la bienveillance sur le net est loin d’être terminée…

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