#maidsfortransfer : quand des femmes sont vendues en esclavage sur Instagram

Une enquête de BBC News Arabic révèle qu’Instagram et d’autres apps servent de marché d’esclaves… C’est principalement le cas au Koweït où il est devenu presque habituel d’acheter son employée de maison en ligne…

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Dans ce petit État de 17.818 km2, coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Irak, il est très courant pour une famille de disposer d’une employée de maison. 9 foyers koweïtiens sur 10 ont une domestique. Ces travailleuses viennent généralement des régions les plus pauvres du Golfe Persique dans l’espoir de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille en leur envoyant une partie de leur salaire. Mais leurs espoirs en de jours meilleurs sont souvent réduits à néant.

Violences, insultes, harcèlement, agressions sexuelles… Les employées de maison vivent un véritable enfer au Koweït où elles sont traitées comme de véritables esclaves. Et tout commence dès leur « recrutement ». Les domestiques ne sont pas embauchées, elles sont achetées. Et ces achats se font parfois via des plates-formes bien connues sous nos tropiques. Réseau social du plaisir et de l’esthétique, Instagram est ainsi devenu un véritable marché à esclaves. C’est ce qu’ont découvert des journalistes de BBC News Arabic. Se faisant passer pour un couple en train de s’installer dans la région, ils se mettent à la recherche de leur futur domestique. En parcourant Instagram, mais aussi 4Sale, à l’aide de hashtags spécifiques, ils tombent sur plusieurs annonces interpellantes : « Travailleuse africaine, propre et souriante », « Népalaise qui ose demander un jour de congé », « Elle est très sympa, elle rigole et est souriante. Même si vous la gardez éveillée jusqu’à 5 heure du matin, elle ne se plaindra pas »… Dans les commentaires, ils trouvent aussi des remarques racistes comme : « Les Indiennes sont les plus sales » en dessous d’une annonce proposant les services d’une travailleuse indienne. L’application 4Sale permet même de filtrer les femmes par race… Sur cette appli ou sur Instagram, les ventes sont ensuite négociées en message privé.

Contourner la loi

Si l’utilisation de domestiques au Koweït est courante, ce service est normalement géré par des agences qui enregistrent officiellement les travailleuses auprès du gouvernement. Les employeurs paient un certain montant à l’agence et deviennent les « garants officiels » de la domestique. En vertu de ce système baptisé « Kafala », la travailleuse ne peut ni changer de job, ni démissionner, ni quitter le pays sans l’accord de son garant.

Suite à des pressions de la part de plusieurs associations de défense des droits humains, le Koweït introduit en 2015 une nouvelle loi inédite pour réguler le travail des domestiques et les protéger. Cette nouvelle réglementation leur garantit une journée de travail de 12 heures, un jour de repos hebdomadaire, et 30 jours de congé par an. Elle oblige aussi les employeurs à ouvrir un compte bancaire au nom de leur salariée et à y verser son salaire. Enfin, la loi prévoit que les domestiques qui acceptent de travailler plus que les heures légales doivent être payées en heures supplémentaires. Sans surprise, cette loi ne plait pas à tout le monde. Pour la contourner, le marché noir est une solution envisagée par certains foyers. Voilà comment de nombreuses femmes se retrouvent « en vente » sur plusieurs applications. « Cela contourne les agences et crée un marché noir non réglementé qui rend les femmes plus vulnérables aux abus et à l’exploitation », écrivent Owen Pinnell et Jess Kelly, les auteurs de l’enquête.

© Belga ImageEn février 2018, des centaines de domestiques originaires de Philippine quittent le Koweït après le meurtre d’une domestique philippine. © Belga Image

Ni passeport, ni téléphone

Durant leurs recherches, certains vendeurs leur conseillent de confisquer automatiquement le passeport de leur domestique. Certains admettent les empêcher de sortir, de prendre du temps pour elles ou même d’avoir accès à leur téléphone.

Le Koweït n’est pas le seul pays où ce type de marché noir existe. En Arabie Saoudite, les mêmes transactions se font sur l’application Haraj.

Esclaves via Apple et Google

Les apps permettant ce genre de marchandisation (illégale) sont hébergées sur l’App Store ou Google Play… « En laissant faire ça, ils font la promotion du marché d’esclaves en ligne », déclare Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale aux Nations Unies sur toutes formes contemporaines d’esclavage. « Si Google, Apple, Facebook ou d’autres compagnies hébergent des applications comme celles-ci, elles doivent être tenues responsables ».

Après avoir été alerté par la BBC, Facebook a déclaré avoir banni les hashtags impliqués dans ce sombre business comme « خادمات للتنازل# », soit #maidsfortransfer. Google et Apple disent elles « travailler avec des développeurs d’application pour empêcher toute activité illégale ». 4Sale a de son côté supprimé la catégorie « domestic worker » de sa plate-forme. Mais malgré ces belles déclarations et initiatives, les journalistes de la BBC affirment que des annonces similaires sont encore présentes sur Instagram, et d’autres applications disponibles via Apple et Google…

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