« Accuser la N-VA de vouloir saboter la culture, c’est très grave »

Les coupes budgétaires dans la culture en Flandre sont-elles une punition du gouvernement de droite à l’encontre d’un secteur traditionnellement à gauche ? Ça y ressemble beaucoup. Mais attention aux raccourcis...

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« Si ce n’est pas pour défendre la culture, alors pourquoi nous battons-nous« , avait un jour répondu Winston Churchill à l’un de ses officiers qui lui demandait de faire des coupes dans les budgets culturels pour injecter davantage de fonds dans les efforts de guerre… Aujourd’hui, force est de constater que s’il y a bien un secteur qui trinque en premier à chaque fois qu’un gouvernement doit se serrer la ceinture, c’est bien la culture. Nouvelle démonstration ce week-end avec la décision de Jan Jambon et du gouvernement flamand « d’examiner sous une nouvelle perspective » le soutien aux projets du secteur culturel.

En 2020, soit dans sept semaines à peine, les subsides de fonctionnement de nombreuses institutions seront rabotés de 6% (recul toutefois limité à 3 % pour les institutions reconnues telles que le Vooruit à Gand ou l’Ancienne Belgique à Bruxelles). Les subsides octroyés aux projets chuteront quant à eux de 60 %, soit de 8,47 à 3,39 millions d’euros. « La politique relative aux projets ne doit pas créer l’illusion de subsides structurels automatiques. Des choix plus sélectifs conduiront à un meilleur soutien« , s’est justifié le ministre-président flamand.

Extrêmement dure, cette décision a été prise sans aucune concertation entre le gouvernement Jambon et les représentants du monde culturel. Pour les nombreux acteurs concernés par ces restrictions budgétaires, c’est un choc. Une mesure qui ressemble à une punition adressée par un gouvernement de droite à un secteur traditionnellement à gauche et qui, ces dernières années, s’est montré parfois très critique à l’égard de la politique menée par la N-VA. Alors, s’agit-il d’une revanche des nationalistes ? « Je crois que ça peut jouer un rôle« , estime Dave Sinardet, politologue à la VUB. « Les relations entre la N-VA et le secteur culturel en Flandre n’ont jamais été très positives. Il y a une certaine frustration chez la N-VA que le monde culturel ne s’engage pas vraiment dans la logique du nationalisme flamand, contrairement à ce qu’on peut voir en Catalogne, en Ecosse, voire au Québec où il y a plus de soutien au projet identitaire. » 

Selon le spécialiste, il apparaît comme donc comme logique que certains sites comme des musées ou les archives bénéficient eux d’un renfort budgétaire. Le gouvernement mise sur l’ancrage dans le passé, le patrimoine flamand. « On va investir davantage dans l’héritage culturel, dans les grandes institutions, plutôt que dans de nouvelles productions culturelles qui sont l’apanage des plus petites institutions. Celles-là même qui sont plus critiques envers le gouvernement et la N-VA. » 

Où sont les preuves ?

Le raccourci entre les motivations politiques de la N-VA et les coupes budgétaires dans une « certaine culture » apparaît évident. Et pourtant, il existe également des arguments tout à fait rationnels qui peuvent expliquer cette décision comme l’explique Carl Devos, politologue à l’université de Gand : « C’est clair qu’on a privilégié des acteurs plus traditionnels, des institutions liées à la culture et à l’identité flamande. C’est en accord avec la ligne de conduite du gouvernement. Mais il faut aussi prendre en compte ces lieux en terme d’emplois qu’ils génèrent, d’infrastructure à entretenir, de rentabilité. On donc a voulu minimiser les risques financiers. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette vision de la culture, de la trouver stupide ou vieillotte. Mais on ne peut pas accuser le gouvernement de saboter la culture. Je comprends que ce soit un choc, mais je trouve ça dangereux de faire ce genre de déclaration. Ceux qui le font doivent apporter des preuves tangibles, parce que c’est une accusation grave ! » 

Dans l’autre sens, en parlant de preuves tangibles, il n’est pas non plus possible à l’heure actuelle de prouver que la N-VA n’a pas effectivement délibérément opéré les coupes qu’elle souhaitait… Mais, en attendant, la présomption d’innocence est de mise. Et puis, comme le rappelle Carl Devos, bien que Jan Jambon soit le ministre de la Culture, la N-VA n’est pas seule à prendre les décisions au gouvernement flamand. « Je ne peux pas imaginer le CN&V et l’Open-vld prendre part à une stratégie politique qui consiste à dépouiller le secteur culturel par des coupes budgétaires. Aux yeux des politiques, la culture a toujours été un secteur favorable pour faire des efforts financiers. Elle apparaît comme plus élitiste et s’adresse plus à une minorité de personnes qu’à une majorité contrairement à d’autres domaines comme la mobilité, l’enseignement ou les soins de santé. Tous les secteurs font des efforts pour la société, il n’y a pas de raison pour que la culture n’en fasse pas également. »

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