Trouver un emploi, le parcours (d’intégration) du combattant pour les réfugiés

Les réfugiés peinent toujours à trouver un emploi, et d’autant plus en Belgique, ou de nombreux facteurs viennent leur mettre des bâtons dans les roues.

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C’est souvent noir ou blanc. Soit on leur reproche d’encombrer le marché du travail belge, voire de « voler » des emplois, soit on les accuse de ne pas en faire assez pour dégoter un boulot. Qu’importe dans quel camp on s’est retranché, la question de l’intégration des réfugiés est intriquée avec le fait qu’ils aient, ou non, un emploi. C’est que le travail reste une valeur fondamentale de notre société : une preuve de « mérite ». Pour les nouveaux-venus, il s’agit aussi d’une chance indiscutable d’appréhender le mode de vie local et de devenir financièrement indépendant.

Un accueil paradoxal

Mais la complexité derrière les chiffres n’est parfois pas connue des citoyens qui s’expriment sur le sujet : « La Belgique connaît une situation similaire à celle d’autres pays industrialisés où le taux d’emploi des réfugiés (…) est largement inférieur au taux d’emploi moyen », pose une récente étude sur la participation au marché du travail des réfugiés et demandeurs d’asile à Bruxelles. C’est un fait, déjà rapporté par l’OCDE en 2016 : « Les taux d’emploi des réfugiés sont plus bas que ceux des nationaux, des immigrés de deuxième génération et des autres immigrés arrivés avec un autre statut ». C’est que l’accès à un travail stable est particulièrement compliqué pour les réfugiés, ici ou ailleurs. En Belgique, il y a la langue d’abord, qui fragmente le marché du travail. S’il est difficile d’apprendre une langue en quelques mois, ça l’est d’autant plus quand les langues officielles se comptent au nombre de trois. La difficulté, voire l’absence de reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger ne leur facilite pas non plus la tâche. Difficile en effet de rassembler les documents nécessaires pour prouver ses compétences, alors même qu’on a fui son pays. « Les réfugiés sont confrontés à leur surqualification et aux difficultés à faire reconnaître leurs diplômes du pays d’origine », expliquent les sociologues de l’ULB Barbara Herman et Andrea Rea, qui ont également analysé le phénomène pour la Revue européenne des migrations internationales. « Pour certains réfugiés, la migration s’apparente alors à une expérience de déclassement social ».

La problématique de l’accès à l’emploi est d’autant plus complexe qu’elle s’inscrit dans un contexte de chômage structurel. C’est ainsi que depuis plusieurs années, le Forem dispose de conseillers formés pour recevoir des migrants. Les services d’Actiris, eux, ne disposent pas de service spécifique, et ce depuis l’arrêt en 2016 de son action primo-arrivants, faute de résultats. « Enfin, le contexte institutionnel et structurel joue un rôle très important dans les modalités d’intégration du marché du travail. La probabilité d’avoir un emploi en Flandre est le double de celle en Wallonie. Le contexte économique en Flandre avec un taux de chômage moins élevé que dans les deux autres Régions et une situation d’offres d’emploi plus favorable contribue à améliorer les chances d’insertion sur le marché du travail des réfugiés », analysent les chercheuses de l’ULB.

Une machine administrative qui ralentit les réfugiés

Pour Rami, en Belgique depuis 2015, les plus simples formalités administratives ont parfois constitué un cauchemar. Alors qu’il pensait que son permis de conduire international lui permettrait d’obtenir le droit de conduire en Belgique, il s’est retrouvé face à un refus. Pas le choix pour ce jeune Syrien : il faut repasser son permis, y compris le théorique. Une plaie pour un réfugié qui apprend le français et le néerlandais « avec les gens », mais n’est pas encore bilingue. « Je sais très bien conduire, mais je ne comprends pas toujours bien ce qui est écrit », avoue-t-il. Selon Rami, qui s’est d’abord installé en Flandre, « il y a plein de travail en Belgique ». Mais la machine administrative belge met des bâtons dans les roues des réfugiés : « Je suis quelqu’un de très motivé. Je me fiche du CPAS ou du chômage : moi, tout ce que je voulais, c’était travailler. Mais j’étais bloqué ». À l’époque, il lui a en effet fallu près de deux ans pour obtenir une carte de travail. « Je suis motivé ! Je ne veux pas perdre mon temps », ajoute Rami, qui blâme la lenteur de l’administration belge. Si aujourd’hui, certains obstacles ont été abolis, Rami continue de penser qu’on en « demande beaucoup » aux réfugiés. « On est des humains, pas des machines. Je ne veux pas plus de facilités, mais je ne veux pas non plus que ce soit plus difficile que pour les autres. Comment peut-on nous demander d’être super actifs quand on nous empêche de l’être ? Les lois sont contre le fait qu’on avance ». 

Reste que la meilleure solution à ce jour pour les réfugiés reste… le temps. Il joue même un rôle central, selon les études. Leur intégration économique augmente en effet au fil des mois et des années passées dans le pays. Un an après leur arrivée, ils n’étaient que 11% à avoir trouvé un emploi en 2011, d’après les données du Monitoring Socio-économique de 2017. En 2014, ils étaient 33%. « De nombreux facteurs interviennent dans le processus d’intégration du marché du travail et aucune mesure politique unique ne peut à elle seule offrir la clé du succès. La recherche effectuée révèle toutefois certains facteurs clés de l’intégration au marché du travail des réfugiés. Le temps joue un rôle crucial et contribue grandement au changement de la position socioéconomique des nouveaux migrants. Plus la durée de la présence du réfugié est longue, plus la probabilité que le réfugié a de trouver un travail et de cesser d’être dépendant de l’aide sociale est élevée », concluent les sociologues Barbara Herman et Andrea Rea. De son côté et quatre ans après son arrivée en Belgique, Rami s’est installé dans la région de St-Vith, a un emploi et… une voiture.

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