Procédure de destitution de Donald Trump: le guide pour tout comprendre

Le dossier d’accusation contre Donald Trump a été officiellement transmis ce mercredi au Sénat, où le procès en destitution débutera mardi prochain. Vous ne comprenez plus rien à cette procédure "d'impeachment"? On l'a décortiqué pour vous.

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Les débuts : l’affaire Trump-Ukraine

Tout commence en septembre 2019 lorqu’un agent de la CIA dépose une plainte auprès de l’inspecteur général des services de renseignement. Il affirme qu’un coup de téléphone datant de juillet 2019 entre Trump et le président ukrainien Volodymir Zelensky aurait alerté les services de renseignement et que des « responsables de la Maison-Blanche » auraient été « profondément troublés » par la teneur de cet appel. Il explique : « Dans l’exercice de mes fonctions officielles, j’ai été informé par de nombreux responsables du gouvernement américain que le Président des États-Unis utilise le pouvoir de son administration pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger lors des élections américaines de 2020. Cette ingérence comprend, entre autres, le fait de faire pression sur un pays étranger pour qu’il enquête sur l’un des principaux rivaux politiques nationaux du président. L’avocat personnel du Président, M. Rudolph Giuliani, est une figure centrale de cet effort. Le procureur général Barr semble également être impliqué ».

Un rapport est dressé et envoyé au directeur du renseignement national Joseph Maguire. Celui-ci, jugeant que l’information ne relève pas d’une « préoccupation urgente », ne transfère pas le rapport au Congrès. C’est à la mi-septembre qu’on l’on apprend l’existence de ce rapport et son contenu : Trump aurait tenté de pousser le gouvernement ukrainien à ouvrir une enquête sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, l’ancien vice-président et également candidat démocrate à la présidentielle 2020. Après plusieurs controverses, la Maison Blanche rend public le document ainsi que l’enregistrement officiel de l’appel téléphonique entre Trump et Zelensky. Le compte rendu officiel de cet appel rédigé par la Maison-Blanche montre effectivement que Trump aurait exercé une forme de chantage (le fameux « quid pro quo ») promettant une aide militaire américaine à l’Ukraine, à condition que celle-ci aide la Maison Blanche à salir la réputation du démocrate Joe Biden.

Joe Biden © Belga ImageJoe Biden © Belga Image

L’offensive démocrate

Le 25 septembre 2019, les démocrates lancent une procédure de destitution contre Donald Trump, annoncée solennellement par la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Malgré les nombreuses bourdes du président américain, l’enquête se concentre uniquement sur l’appel téléphonique et le chantage exercé par l’administration Trump envers le gouvernement ukrainien. De son côté, Trump réfute les accusations et parle de « trahison« .

La bourde de Mick Mulvaney

Le 17 octobre 2019, le directeur de cabinet du président américain, Mick Mulvaney, déclare aux journalistes lors d’une conférence de presse qu’il est « normal que la politique étrangère américaine incite un autre pays à lui donner ce que Washington veut« . En réponse à un journaliste lui demandant si oui ou non, le président américain avait lié l’aide militaire à l’Ukraine à des considérations de politique intérieure, il répond : « J’ai des nouvelles pour vous tous : passez à autre chose (« get over it »). Il y aura toujours une influence politique dans les relations étrangères. » Face au tollé, Mick Mulvaney revient quelques heures plus tard sur ses propos, jurant qu’« il n’y avait pas eu de quid pro quo ». Trop tard.

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Mick Mulvaney – © Belga Images

L’officialisation de l’enquête

Le 31 octobre 2019, la Chambre des représentants approuve par un vote formel l’enquête d’impeachment (232 voix contre 196). Pour Donald Trump, il s’agit de « la plus grande chasse aux sorcières de l’histoire américaine ». Cette « approbation » est importante puisqu’elle veut dire que désormais, les auditions des témoins jusque-là tenues à huis clos, peuvent avoir lieu en public, devant les caméras de télévision.

400 millions de dollars, baby

Début novembre, un témoin-clé de l’enquête, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’UE Gordon Sondland, a modifié sa première déposition et a admis que la Maison Blanche s’était bien livrée à un chantage auprès du gouvernement ukrainien. Sondland reconnait avoir affirmé à un haut responsable ukrainien que l’aide militaire américaine de 400 millions de dollars à Kiev ne serait débloquée que si le pays annonçait publiquement le lancement d’enquêtes anticorruption réclamées par Donald Trump. Le diplomate a expliqué que cette information « lui était revenue en mémoire » alors qu’il « n’y avait pas pensé » lors de sa première déposition (réalisée sous serment).

Ce témoignage est important, car Sondland est un proche de Trump. Il a d’ailleurs contribué à la campagne de 2016 du président. De son côté, la Maison Blanche continue à proclamer que « le président n’a rien fait de mal ».

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Gordon Sondland – © Belga Images

Trump sera-t-il destitué ?

Des parlementaires démocrates ont remis ce mercredi 15 janvier le dossier de destitution au Sénat, après que Nancy Pelosi ait signé l’acte d’accusation. “Aujourd’hui nous entrons dans l’histoire”, a-t-elle déclaré. Le procès débutera mardi prochain avec Adam Schiff comme procureur en chef. À 59 ans, ce chef de la commission du Renseignement de la Chambre est qualifié de « bête noire » de Donald Trump. Ce dernier n’a pas tardé à tweeter son mécontentement : “Nous y voilà : une autre arnaque orchestrée par les démocrates-qui-ne-font-rien.

Le processus se terminera par un vote des 100 sénateurs sur chaque article de destitution. Il faut une majorité de deux tiers pour condamner le président. Aux Etats-Unis, jamais un président n’a été destitué. Deux ont été mis en accusation mais ont finalement été acquitté : Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998 dans le cadre de sa très médiatisée liaison avec Monica Lewinsky. Les républicains sont majoritaires au Sénat, avec 53 sièges sur 100. Sauf surprise, Donald Trump devrait donc être acquitté…

Pour autant, Allan Lichtman, l’un des rares politologues à avoir prédit la victoire de Donald Trump en 2016 estime que “Rien ne peut faire plus de mal à Donald Trump, pendant cette campagne (pour les élections présidentielles, NDLR), qu’une procédure de destitution. […] On ne sait pas encore tout ce que l’on va découvrir. Au début de l’affaire du Watergate, la cote de popularité de Richard Nixon était à 67 %. À la fin, elle était descendue à 24 %. Et Donald Trump part de plus bas que Nixon.” Si le milliardaire ne quitte donc pas la Maison Blanche à l’issue du procès, celui-ci pourrait jouer un grand rôle dans les élections américaines qui se tiendront le 3 novembre 2020.

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Le procureur Adam Schiff – © Belga Image

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