L’école produit-elle des citoyens responsables?

Pour la nouvelle ministre de l'Enseignement obligatoire Caroline Désir, l'école ne prépare pas suffisamment nos enfants. Le Pacte pour un Enseignement d'excellence devrait changer les choses.

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Le système scolaire belge est loin d’être parfait. Les études internationales, PISA en tête, le rappellent régulièrement. Le nouveau gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est engagé pour résoudre cette problématique sociétale à concrétiser le Pacte pour un Enseignement d’excellence lancé par la majorité précédente. Avec une question essentielle: comment l’école peut-elle mieux préparer les élèves à devenir des citoyens responsables? Pour y répondre, Moustique a réuni pour un débat bienveillant et constructif la ministre de tutelle Caroline Désir (PS) et le journaliste et auteur Jérôme Colin (dont le bouquin « Le champ de bataille » est adapté au théâtre de Poche), devenu un peu malgré lui une sorte de porte-parole des « blessés » de l’enseignement.

Elle ne nie pas les lacunes du système belge francophone, mais reste positive. « On cite souvent la Finlande comme exemple. À l’issue du tronc commun, les enfants doivent là-bas avoir acquis les compétences de base pour pouvoir s’insérer dans la société. C’est le but du nouveau tronc commun chez nous aussi. C’est une nouvelle façon de faire l’école des maternelles jusqu’à 15 ans. » En 2029, ce tronc commun – qui consiste à enseigner la même chose à tous les élèves en prenant en compte leurs particularités individuelles – devrait être abouti. Tous les jeunes de 15 ans auront alors atteint un certain nombre de compétences de citoyen. « Aujourd’hui 28 % des ados sortent de l’école sans ces compétences minimales pour s’insérer dans la société. »

Un fleuve russe plutôt que Facebook

Jérôme Colin répond: « Comment voulez-vous qu’une école qui montre l’intolérance à la différence – car elle la montre, le mauvais élève dans le fond de la classe – crée des enfants tolérants? Je crois qu’il faut résoudre cette équation. Alors est-ce qu’on forme des citoyens? Pour ceux dans la norme oui. Les autres, non. La vie d’un adolescent, ce sont les rapports humains qui passent par le réseautage social. Mes enfants ont eu des tonnes de cours sur des sujets à la con. Ils ont dû lire Ada Gavalda et Amélie Nothomb, des trucs sur des problèmes de couple de quarantenaires. Je leur disais: ne lis pas ça, tu vas détester les livres. Mais ils ne savent pas comment fonctionne Facebook. Facebook, qui décide qui est élu aux USA et en Russie. Ils ne savent pas comment fonctionne Cambridge Analytica et les datas. Ils ne savent pas ce qu’est l’outil dans lequel, littéralement, ils vivent. Par contre, deux de mes enfants connaissent le nom d’un fleuve russe. »

Libertés et respect

La ministre termine: « Pourquoi je communique beaucoup sur l’Evras (Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, NDLR.)? C’est obligatoire à partir de la maternelle et on voit que c’est appliqué à géométrie variable. Au sein des référentiels qu’on est en train de créer – celui d’éducation physique et santé, de science pour les questions de reproductions et contraception, en philosophie et citoyenneté pour les questions d’orientation sexuelle – on intègre ces notions de libertés et de respect. Des enfants viennent à l’école avec deux papas ou deux mamans, des ados se posent des questions sur eux-mêmes. Tout ça doit être abordé. »

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