Féminicide : le bracelet anti rapprochement, gadget ou solution ?

Aurélie est décédée vendredi sous les coups de son ex compagnon qui avait pourtant été déjà condamné. Notre appareil judiciaire semble incapable de protéger les femmes victimes de violence. Des solutions existent pourtant.

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À coups de couteau et de briques. Sébastien D. a tué son ex compagne alors qu’il avait déjà été arrêté pour coups et blessures. Le juge d’instruction avait estimé le risque de récidive assez faible. Cet ultime féminicide démontre la faillite du système judiciaire belge alors que tous les dix jours, en Belgique, une femme est tuée sous les coups d’un homme.

70% de plaintes classées sans suite !

En 2004, la tolérance zéro avait pourtant été décrétée par les parquets : tout fait de violence devait faire l’objet d’un suivi. De 90 % de faits de violence classés sans suite, on été tombés à 25 %, rapporte la députée cdH Vanessa Matz qui se bat pour que des mesures soient prises. En 2018, 38 964 plaintes ont été enregistrées par les services de police sur l’ensemble du pays pour des faits de violence entre partenaires, dont 21 604 sont des violences intrafamiliales physiques. Selon Vie Féminine, en 2018, 70 % des plaintes pour des faits de violence sont classées sans suite alors que ces victimes de violences psychologiques et/ou physiques peinent toujours à briser le silence. « Les chiffres sont consternants, il est urgent de prendre des mesures et de les mettre en application afin de lutter contre les violences faites aux femmes », souligne Vanessa Matz dans une proposition de loi.

A peine 197 interdiction de résidence

Une loi visant à interdire temporairement (pour 14 jours) l’accès à la résidence de la personne suspectée d’être l’auteur de violence a été adoptée en 2012. Au cours de la période de janvier 2013 à décembre 2016, le ministère public a encodé à peine 197 dossiers d’interdiction temporaire de résidence. Il semble que cette mesure d’urgence est peu connu tant par les avocats que par les services de police et est difficile à mettre en œuvre. Certaines associations témoignent du fait que les ordonnances d’urgence d’interdiction sont très difficiles à obtenir de la part du parquet qui met souvent plusieurs jours à réagir.

Le bracelet anti rapprochement, une solution ?

Le cdH a déposé un projet de loi pour qu’un bracelet anti-rapprochement puisse être imposé aux auteurs de violence. Composé d’un bracelet électronique permettant de géolocaliser la personne violente et d’un boîtier dont est munie la victime, le bracelet anti-rapprochement permet à cette dernière d’être informée si la personne éloignée s’approche de trop près. Si celle-ci pénètre dans une “zone interdite”, une alarme se déclenche automatiquement et permet l’intervention des forces de l’ordre.

Nous prônons la violence zéro »

Ce bracelet existe déjà en France et en Espagne mais nous voulons qu’il puisse être utilisé en Belgique de manière plus large, pas uniquement s’il y a déjà eu condamnation. Nous prônons aussi la tolérance zéro et un budget conséquent pour prendre des mesures”, explique Vanessa Matz, députée cdH. Le plan du cdH pour lutter contre les féminicides prévoit aussi par exemple que la victime puisse, par exemple, déposer systématiquement plainte à l’hôpital où elle est soignée sans devoir se rendre dans un commissariat.

Un simple gadget face à un problème général ?

Pour Céline Caudron, coordinatrice chez vie féminine et responsable de la plate-forme “Stop féminicide”, le bracelet anti-rapprochement n’a rien de magique. C’est même un gadget, selon elle. Et puis, en obligeant, la victime à se promener avec un boîtier pour se protéger, il peut même maintenir la femme dans une relation de terreur. Et il ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan de mesures à prendre.

Les magistrats manquent de connaissances sur ce que sont les violences

“La justice manque de moyens pour appliquer les mesures d’éloignement qui existent dans la loi de 2012 mais aussi les magistrats manquent de connaissance sur ce que sont ces violences. Ils ne repèrent pas quand il faut ordonner l’éloignement de l’auteur par rapport à la victime”. Céline Caudron réclame un plan global qui permette de gérer les urgences mais aussi de faire de la réelle prévention. Cela commence par l’éducation au respect et à l’égalité. Une manifestation contre les violences faites aux femmes se tiendra ce 24 novembre et partira de la gare centrale à Bruxelles à 14H.

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