Ce que l’on sait sur la mystérieuse marée noire qui ravage les côtes brésiliennes

Plus de 200 plages du nord-est du pays sont touchées par un déversement massif de pétrole. Jair Bolsonaro parle d’acte "criminel", alors que l’origine de cet incident n’a pas encore été confirmée. On fait le point.

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Quand ?

Tout commence le 29 juillet dernier. Les autorités brésiliennes détectent un déversement d’hydrocarbures à plus de 700 kilomètres des côtes de l’État de Paraïba, à l’est du Brésil. Les premières couches de pétrole arrivent ensuite sur les côtes de la région du Nordeste le 30 août, progressant vers le sud jusque dans l’État de Bahia.

Capture d'écran © Google Maps

Aujourd’hui, 2.500 kilomètres de côte ont été touchés, comprenant 200 plages du pays. Et d’après le président brésilien, « le pire est à venir » : « Ce qui est arrivé et a été ramassé jusqu’à présent est une petite quantité de ce qui a été déversé », a-t-il déclaré dans une interview sur la chaîne de télévision Record.

Quels dégâts ?

Parmi les zones touchées par ce fléau se trouve la région d’Abrolhos, véritable « sanctuaire pour les baleines à bosse » et haut lieu de « formations corallines uniques au monde », indique l’AFP. « Cette catastrophe environnementale a atteint des estuaires, des mangroves et des embouchures de rivières dans tout le nord-est du Brésil, provoquant des dommages pour les activités de la pêche, de l’aquaculture et du tourisme », a expliqué la police dans un communiqué. De nombreux animaux marins ont aussi été touchés, « en particulier des tortues de mer », signale également l’Agence France-Presse.

© Belga Image / AFPDes volontaires nettoient la plage de Paiva à Cabo de Santo Agostinho, le 21 octobre 2019. © Belga Image / AFP

Quelles actions ?

De nombreux travailleurs, accompagnés de bénévoles, s’activent sur les côtes pour limiter les dégâts et nettoyer les plages avant la haute saison touristique. 2.000 tonnes d’hydrocarbures ont déjà été ramassées, mais certaines voix s’élèvent pour dénoncer l’action tardive du gouvernement (déjà accusé d’inaction face aux incendies ayant ravagé la forêt amazonienne). Une enquête du journal O Globo révèle que les autorités auraient attendu 41 jours pour mettre en place le plan national d’urgence normalement prévu pour gérer ce genre de situation. Comme le pétrole brut déversé ne flotte pas à la surface de l’océan comme la plupart des nappes de pétrole, « les responsables ont déclaré que les méthodes traditionnelles de suivi et d’éloignement des côtes ont été inefficaces », explique The Guardian.

© Belga ImageUne bénévole ramasse le pétrole sur une plage à Lauro de Freitas, dans l’État de Bahia © Belga Image / AFP

Qui est responsable ?

Pour Jair Bolsonaro, le coupable serait un pétrolier battant pavillon grec et appelé « Bouboulina ».  Pour appuyer ses accusations, le président se base sur l’analyse de données satellitaires montrant que le bateau grec était le seul à naviguer près de l’origine du déversement entre le 28 et le 29 juillet. La société grecque gérante du pétrolier, Delta Tankers, a de son côté démenti.

Depuis, la police fédérale a exécuté plusieurs mandats de perquisition dans les bureaux de deux sociétés ayant des relations commerciales avec l’exploitant du navire, à Rio de Janeiro. Les autorités brésiliennes ont également requis la coopération d’organismes internationaux, dont Interpol, pour enquêter en profondeur sur le navire, son équipage et sa compagnie.

En plus d’avoir navigué dans la zone touchée aux environs du 29 juillet, le pétrolier Bouboulina avait accosté au Venezuela le 15 juillet. Or, après plusieurs tests, le ministre de l’Environnement brésilien a annoncé que le pétrole déversé venait « très probablement du Venezuela ». Ces analyses sont une preuve de plus incriminant le navire grec. D’autres tests ont été menés par des laboratoires américains, français et norvégiens pour confirmer cette information. Les résultats ne devraient pas tarder.

Que s’est-il réellement passé ?

Seule une enquête approfondie nous le dira. La BBC émet cependant un scénario probable. Le navire aurait eu un accident en mer, mais ne l’aurait pas signalé. En effet, depuis que Washington a introduit de nouvelles sanctions à l’encontre de tout entreprise soutenant l’administration du président vénézuélien Nicolás Maduro, les navires transportant du pétrole vénézuélien désactivent leurs signaux de repérage pour éviter d’être détectés. Depuis mai, la société Kpler Energy Intelligence a ainsi identifié 14 navires chargés en pétrole brut provenant du Venezuela et dont les signaux avaient été coupés pendant une partie du trajet. Dans ce contexte, le navire grec, dont les signaux auraient été coupés, n’aurait donc pas signalé l’accident. Cette suggestion reste bien entendu une hypothèse et devra être vérifiée par les autorités compétentes.

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