Dans la peau d’une femme pour comprendre le harcèlement de rue

La nouvelle campagne de prévention de "Ni putes, ni soumises" a fait couler beaucoup d'encre. Travestir un homme pour lui faire comprendre le quotidien des femmes, une fausse bonne idée ?

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Le concept de cette nouvelle capsule nommée #ÀNotrePlace semblait bonne sur le papier : déguiser un jeune homme de 23 ans en femme pour qu’il réalise l’ampleur du harcèlement de rue. Après deux heures de maquillage, les petites remarques piquantes balancées commencent à pleuvoir, du basique « T’es belle » à sa variante « T’es bonne » au plus élaboré « Vous m’agressez de votre beauté » en passant par « La frange là, on dirait un film porno… » Le principe de se mettre à la place de l’autre pour comprendre son quotidien, comme l’explique Antoine « Je me suis senti extrêmement vulnérable » en terminant par « Il faut vraiment que nous, les hommes, on voie cette vidéo et qu’on prenne conscience de ce problème pour faire changer les choses ». Mais l’exercice a ses limites.

Sur les réseaux sociaux, le message est accueilli en demi-teinte. De nombreuses personnes pointent qu’il est dommage de devoir travestir un homme pour qu’il puisse se mettre à la place des femmes, et non pas les croire sur parole, comme Damien. « Expérience sociale? Les femmes se font harceler depuis des annees mais il fallait qu’un homme se mette dans la peau d’une femme pour dénoncer le harcèlement? Pourquoi les paroles des femmes ont moins de valeurs? » ou encore la militante Caroline De Haas, qui soulignait ironiquement sur Twitter « Heureusement qu’il y a des hommes qui témoignent de ce que vivent les femmes, sinon on pourrait ne jamais être au courant. » D’autres saluent l’initiative.

98% des femmes victimes de harcèlement de rue

Quoi qu’il en soit, près de deux ans après la libération de la parole des femmes et le mouvement #MeToo, rien ne semble avoir changé. Les chiffres du harcèlement de rue sont extrêmement éloquents : 98% des femmes l’ont subi au moins une fois dans leur vie selon une enquête réalisée en 2017 auprès de 3294 femmes de Belgique et de France. Trois femmes sur quatre ont subi des remarques désobligeantes avant leurs 17 ans et plus de la moitié des victimes l’ont vécu avant leurs 15 ans.

Ce malgré la loi contre le sexisme créée en 2012 et appliquée en 2014, suite au documentaire de Sofie Peeters « Femme de la rue » qui avait choqué l’opinion publique. Les répercussions envers tout auteur de tout geste ou comportement qui a pour but d’exprimer un mépris à une personne en raison de son sexe, que ce soit dans la rue, ou même au travail, et dans d’autres lieux publics. Cette même loi punit d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et/ou d’amendes de 50 à 1.000 euros. Pourtant, depuis l’application de cette loi, seules 5% des femmes oseraient porter plainte, de peur notamment de ne pas être prises au sérieux. Le chemin est encore long…

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