“Honte de prendre l’avion” : la croissance du trafic aérien revue à la baisse

Apparu dans le sillage de Greta Thunberg, le phénomène du flygskam (« honte de prendre l'avion ») s'est répandu en Europe et aux États-Unis au point de modifier les prévisions de croissance du secteur aérien.

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On vous parlait il y a quelques mois du flygskam, ce mouvement apparu en Suède qui incite les citoyens à opter pour des moyens de transport moins polluants que l’avion au nom de la protection de l’environnement. Au pays de Greta Thunberg, les habitants prenaient cinq fois plus l’avion que la moyenne mondiale. Il y avait de quoi un peu culpabiliser… Mais le phénomène s’est depuis répandu en Europe a traversé l’Atlantique plus vite qu’un Boeing pour gagner les États-Unis… Selon une enquête de l’Union des banques suisses (UBS) relayée par la BBC, si le succès rencontré par le flygskam se confirme sur la durée, les prévisions de croissance du trafic aérien devront alors être divisées par deux !

Sur plus de 6 000 personnes sondées par UBS aux États-Unis, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, 21 % assurent avoir déjà décidé de réduire leurs voyages en avion au cours de l’année écoulée – soit une personne sur cinq ! Dans ce même panel, une personne sur trois envisage de ne plus prendre l’avion dans les années à venir… De quoi redonner un peu le moral aux activistes climatiques ? Récemment (avant l’arrivée du flygskam), d’autres prévisions annonçaient que le trafic aérien mondial doublerait d’ici 2036. Et alors que Ryanair intégrait le top 10 des sociétés européennes les pollueuses en avril dernier, la Chine vient d’inaugurer au début du mois de septembre un nouvel aéroport à Pékin qui devrait devenir le plus grand terminal du monde lorsqu’il fonctionnera à pleine activité d’ici 2025. Brussels Airport prévoyait 720.000 voyageurs pour cette semaine de vacances de Toussaint (hausse de 2,7% de la fréquentation par rapport à l’an dernier)… Pas vraiment de quoi être optimiste. Et pourtant.

Surtaxes environnementales

Jusqu’à présent, le nombre de vols dans le monde augmentait chaque année de 4 à 5 %. Mais, à cause de la crise climatique qui préoccupe les citoyens occidentaux, le nombre de vols n’augmenterait à l’avenir plus que de 1,5 % par an seulement dans l’Union européenne au cours des quinze prochaines années, et de 1,3 % seulement aux États-Unis, selon l’enquête d’UBS.

Chez l’Oncle Sam, plus gros pollueur mondial avec un trafic aérien intérieur ahurissant – les Américains ont pris l’habitude de prendre l’avion comme le train – les entreprises se demandent désormais si tous les voyages d’affaires (30% du total des vols effectués) sont encore nécessaires à l’ère du courrier électronique et des téléconférences comme le relève le New-York Times. « En Europe, des entreprises accordent des jours de congé supplémentaires aux employés qui choisissent de voyager en train ou d’emprunter des moyens de transport moins polluants que l’avion pour partir en vacances”, ajoute le grand quotidien US.

Au Royaume-Uni, plusieurs organisations dont Greenpeace soutiennent quant à elles l’instauration d’une taxe sur les vols fréquents. Le principe? Tout le monde aurait droit à un vol non taxé par an, après quoi une taxe de plus en plus élevée serait appliquée sur les vols supplémentaires. Ainsi, si un citoyen british possède une résidence secondaire en Espagne, son premier vol vers la péninsule ibérique ne lui coûterait rien, mais son neuvième voyage entraînerait des frais supplémentaires de 60 livres (70 euros). Des surtaxes contraignantes qui suivraient un peu la même logique que les applications comme le site GreenTripper qui permet de calculer l’empreinte de ses voyages et de la compenser en investissant dans des projets de développement durable. L’idée fait son chemin outre-Manche. Et chez nous ?

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