Et si l’on abolissait les fuseaux horaires?

Deux chercheurs américains plaident pour un fuseau universel, simplifiant les activités internationales et luttant contre le dérèglement de notre horloge biologique.

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On aurait du mal y croire. Bouleverser totalement le rapport au temps de sept milliards d’êtres humains semble quasi impossible. S’il y a une chose qui est immuable, c’est bien le temps. Pourtant, Steve Hanke et Dick Henry, tous deux professeurs à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore, ont décidé de tout changer. Ils estiment qu’il n’y aurait aucun problème à ce que le monde entier se partage un seul fuseau horaire. Au contraire, cela pourrait avoir des effets bénéfiques. « Nous serions plus en phase avec les rythmes circadiens, car les heures locales seraient définies en fonction du soleil ou des habitudes sociales locales » explique Steve Hanke. Le rythme circadien implique que le cycle de sommeil se calque sur ceux de la lumière et de l’obscurité terrestre. Concrètement, Hanke et Henry proposent de se baser sur l’heure londonienne. Midi à Londres équivaudra alors à midi à Pékin, New-York ou Johannesburg.

L’heure est par définition ajustable et donc constamment sujette à modification. Le Maroc est par exemple passé à l’heure GMT durant le Ramadan de cette année, alors qu’il y a quelques années, le Kazakhstan s’est mis à l’heure russe de manière permanente. Les horloges du monde entier révèlent de nombreuses autres bizarreries qui peuvent semer la confusion à l’international. La Russie dispose de onze fuseaux horaires là où la Chine n’en a qu’un, le Népal est fixé à l’heure quart, l’Australie à l’heure et demi, l’Espagne suit l’horaire de l’Europe centrale alors que le pays devrait théoriquement s’aligner sur l’heure de Greenwich… Bref, on vit aujourd’hui déjà dans un grand bordel horaire fragile mais organisé.

Et politisé. En effet, les fuseaux horaires servent régulièrement à assurer un pouvoir souverain ou à réchauffer des relations internationales. Théoriquement, la Chine s’étend sur cinq fuseaux horaires, mais le Parti communiste a instauré le fuseau unique en 1949, dans un but d’union nationale. Ce qui en fait le fuseau le plus peuplé du monde, comprenant plus d’1,5 milliard de personnes. La Crimée vit selon le fuseau moscovite depuis son annexion à la Russie et est désormais en décalage de deux heures avec son voisin ukrainien. La Corée du Nord a, elle, décidé, dans un esprit d’apaisement, de se rallier au fuseau sud-coréen en 2018.

Horloge déréglée

Le cas espagnol est intéressant car il illustre l’un des arguments des deux chercheurs américains : le dérèglement de l’horloge biologique. Si elle ne prend qu’une heure dans la vue en Espagne, elle souffre nettement plus dans un pays comme l’Inde. Un pays immense qui ne connait qu’un fuseau horaire, mais où les travailleurs prestent les mêmes heures. Ils se lèvent donc au même moment, mais certaines régions vont dormir plus tard. « Les enfants privés de sommeil ont moins de chances d’aller à l’école, réduisent le temps consacré aux études ainsi que celui consacré aux loisirs sédentaires et compensatoires » signale Maulik Jagnani, chercheur à la Cornell University.

Des études démontrent en outre qu’aux Etats-Unis, vivre près d’une frontière délimitant deux fuseaux horaires augmenterait les risques d’obésité, de cancer ou de troubles cardiaques. Hanke et Henry rappellent que l’idée d’un temps universel existe déjà dans le secteur de la finance et qu’elle offrirait une simplification du commerce international, des voyages et des communications. Mais que surtout, elle permettrait à certaines régions de reprendre le contrôle sur leurs horaires d’activités. Autrement dit, un pays situé à deux heures de GMT pourrait imaginer des journées de travail entre 11 et 19h selon les chercheurs. Ce qui aurait un impact important sur la santé des ses habitants.

Les scientifiques s’accordent sur le fait que notre époque épuise de plus en plus nos corps et dérègle allègrement nos horloges biologiques, causes de nombreux troubles physiques et psychologiques. Baser notre journée sur le cycle solaire serait une première réponse. Quitte à, dans certains pays, dîner à 7h du matin et danser jusqu’au bout de la matinée. Et arrêter de s’emmerder avec les questions de changement d’heure.

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