L’éducation sexuelle à l’heure de #MeToo

Fabienne Bloc, chargée de recherche et projets EVRAS en Fédération Wallonie Bruxelles, mesure les progrès qu’il reste à faire.

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À l’heure d’une meilleure écoute des violences sexuelles (mouvement #MeToo), constatez-vous une évolution vers plus d’égalité dans les relations chez les jeunes?

F.B. – Je forme à l’EVRAS, sur base volontaire. Dans ma pratique, je vois toujours chez les adultes une banalisation des rapports de domination. Certains décodent, mais d’autres estiment qu’il s’agit de conflits entre ados typique de la jeunesse. Les relations sexuelles ne sont pas replacées dans un contexte social plus large de domination. Il existe bien une prise de conscience #MeToo, mais les aspects de discrimination liées au sexe, à l’orientation sexuelle, tous les stéréotypes – fabrique des garçons, virilité imposée par le groupe et les enseignants – restent assez banalisés.

Les formations EVRAS, quand elles se donnent, restent ponctuelles. Cela semble bien peu pour entamer cette prise de conscience plus large…

F.B. – On ne va effectivement pas régler le problème en deux ou trois fois deux heures. C’est pourquoi je voudrais que, dans l’idée de la formation des CRACS (Citoyens Responsables Actifs, Critiques, Solidaires) développée par le service Jeunesse de la Fédération Wallonie Bruxelles, et pour contrer un individualisme de plus en plus prégnant, insister sur un contenu EVRAS non plus uniquement médicalement préventif mais abordant les dimensions affective, émotionnelle, relationnelle, sociale, culturelle, biologique, sexuelle des relations, de façon beaucoup plus critique des normes, moins hétéro-normée, plus inclusive… Cela pour dépasser un cloisonnement fait de peurs, notamment de la question de genre. Or, ce cloisonnement, je le vois tant du côté de parents que du côté des adultes que je forme, alors que la demande d’outils pour faire face à ces questions augmente.

Selon vous, comment l’EVRAS devrait-elle évoluer?

F.B. – Dans l’idée d’instaurer des animations EVRAS au sens large, de façon régulière, tout au long de la scolarité, de prendre le temps. J’aimerais que l’on évolue vers une prise en charge plus collective. Je pense qu’il faudrait les intégrer d’une façon ou d’une autre au cours de philosophie et de citoyenneté.

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