Une première pour un Premier: l’interview de Sophie Wilmès

Sophie Wilmès avait accordé à Moustique une longue interview récemment. Pour elle, devenir première ministre c'était aussi le signe qu'il n'y avait toujours pas de gouvernement fédéral de plein exercice. Rencontre avec une libérale à la carrière fulgurante.

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Elle a choisi la maison de la Nation, le Parlement fédéral, pour se faire photographier. Elle s’assied pile à côté de la place habituellement réservée au Premier ministre. Prémonitoire : Sophie Wilmes sera la première femme locataire du 16 rue de la Loi. Elle affiche un air sérieux et posé. Du haut de son mètre 82, elle prend la vie le plus positivement possible. Elle habite en périphérie, à Rhode-Saint-Genèse, donc en Flandre. Pas un handicap. C’est même une qualité belge, selon elle. Et elle tient à l’unité du pays. Pour le reste, elle slalome entre les questions avec un air pénétré, sans trop se mouiller, un rien désarçonnée de devoir s’expliquer sur la situation de tension au sein de son parti. Elle assure que la guerre des tranchées entre les pro-Reynders et les pro-Michel est terminée.

Qu’est-ce qui se passe au MR?

SOPHIE WILMÈS (Silence, puis rire.) On a deux personnalités majeures qui vont partir: Didier Reynders, puis Charles Michel. Avant cela, Olivier Chastel est aussi parti à l’Europe. Cela pose évidemment des questions en termes d’organisation de parti. La présidence est vacante, mais les candidatures de Georges-Louis Bouchez et Denis Ducarme ne représentent pas deux “camps”. Il y a assez de maturité au sein du parti pour assurer la continuité et une volonté de travailler ensemble.

J’ai fait autre chose aussi que de la politique

Cela fait moins de cinq ans que vous êtes ministre du Budget. Votre parcours est assez fulgurant…

Cela fait plus de vingt ans que je suis au MR. J’ai commencé comme conseillère à Uccle, puis je suis devenue échevine, conseillère provinciale, députée. J’ai fait autre chose aussi que de la politique. J’ai travaillé à la Commission européenne et dans des cabinets d’avocats. Ça me permettait aussi de jongler avec ma vie de famille parce que mes quatre enfants étaient petits.

Pourquoi avez-vous choisi le MR?

Tous les partis démocratiques ont leur nécessité pour améliorer la société. Mais parmi les valeurs qui me correspondent le plus, il y a la liberté et la responsabilité.

Un jour, Charles Michel est venu vous chercher…

Avec Olivier Chastel. Avec le départ d’Hervé Jamar, c’est venu comme une surprise. Une bonne surprise.

Qu’avez-vous retenu de cette expérience de ministre?

La concrétisation du poids des responsabilités. La politique, c’est d’abord un projet pour l’autre, pour la société, quelque chose qui vous transcende. Devenir ministre, c’est aussi la consécration de son humilité.

Les finances belges ne se portent pas bien du tout. Vous préférez rassurer…

C’est vrai que j’ai une approche sereine, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas clairvoyant. Il faut accepter de ne pas tout pouvoir changer d’un claquement de doigts. La difficulté, c’est l’explication et la pédagogie. Il faut le faire avec sincérité, mais l’explication est complexe. C’est un vrai challenge. Les chiffres évoluent tout le temps.

Ça veut dire aussi qu’on n’aura pas été en mesure de former un gouvernement fédéral.

Vous pourriez devenir Première ministre.

La rumeur dit que c’est techniquement possible. Ça veut dire aussi qu’on n’aura pas été en mesure avant le 1er décembre de former un gouvernement fédéral.

Vous êtes inquiète?

Je suis un peu impatiente. Pour discuter ensemble, il faut que tous les partenaires soient prêts à le faire. Il faut avoir ce respect-là. Ce n’est pas le cas. Si on me dit qu’il faut faire le gouvernement flamand et wallon avant, je l’entends bien. On ne peut pas aller plus vite que la musique si les gens ne sont pas prêts. Mais je ne trouve pas ça pour autant souhaitable parce que le monde ne s’arrête pas de tourner pendant qu’on est en formation de gouvernements régionaux. La situation est aiguë.

Vous allez en tout cas négocier à la table fédérale. C’est un nouveau job pour vous.

C’est une nouvelle fonction. D’abord, on ne fait pas ça seule mais en équipe. Ensuite, négocier, je le fais déjà comme ministre. C’est donc naturel.

Votre libéralisme, il est comment? Social, de droite, progressiste?

Il est libéral. À une époque, on a parlé de libéralisme social parce qu’on avait besoin de dire qu’il l’était. Aujourd’hui, on a fait la démonstration que le libéralisme existe en tant que tel.

Qu’est-ce qui vous indigne dans l’existence?

C’est un fil rouge dans toute ma démarche: l’injustice, la violence, la lâcheté contre un groupe de personnes qui seraient plus faibles, considérées comme telles ou différentes. Je pense aux enfants, aux femmes, aux homosexuels, aux victimes de racisme, d’antisémitisme. Je n’accepte pas cela.

Ça m’insupporte profondément qu’on considère la femme comme en dessous

Vous ressentez cela plus particulièrement parce que vous êtes une femme? Vous êtes féministe?

Je suis clairement pour l’égalité hommes-femmes. Ça m’insupporte profondément qu’on considère la femme comme en dessous ou en incapacité par rapport à la gent masculine. En Belgique, on est dans une situation quand même confortable par rapport au reste du monde. Mais tout comportement de rejet ou de prise de pouvoir sur l’autre parce qu’il est plus faible me révolte. C’est mon ADN politique. Et cela s’arrime à la valeur de la liberté. La liberté, ce n’est pas de se débrouiller seul. C’est donner à l’ensemble des citoyennes et citoyens la capacité de se réaliser pleinement. Et cela ne peut se faire que dans une société sans violence. C’est ça mon engagement politique.

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