La décroissance, une autre idée du combat à gauche

Des idées de gauche neuves ? Le mouvement des décroissants en porte depuis presque deux décennies. Ils s’opposent radicalement au capitalisme qui a foi en une croissance infinie de notre monde.

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Au départ, on les regardait comme des ovnis ou des bêtes dangereuses. C’est ce que rapporte Michèle Gilkinet, organisatrice du mouvement des objecteurs de croissance en Belgique. Mais cela fait dix ans que les “décroissants” tiennent bon et sont sur un tas de fronts. Ils ont brandi leurs calicots en forme d’escargot aux côtés des manifestants pour le climat et soutiennent à fond Extinction Rebellions, le mouvement social écologiste pacifiste qui vient d’être durement réprimandé pour son action de désobéissance civile.

Une autre manière d’envisager la société

Le noyau dur des décroissants belges compte une petite centaine de personnes et de multiples sympathisants. Mais le mouvement à haute teneur gauchiste, philosophique et idéologique est bien plus large. La décroissance est un mouvement né en France début des années 2000 et porté par l’économiste Serge Latouche. Au départ, des personnes posent un constat imparable: transposer notre modèle économique du nord de la planète au sud n’est tout simplement pas soutenable. La décroissance est alors née. “Ce n’était pas un concept au départ mais bien un slogan pour s’opposer à la croissance infinie prônée par le capitalisme”, explique Romain Gelin, chercheur au Gresea, le groupe de recherche pour une stratégie économique alternative. “C’est une autre manière d’envisager la société, les décisions économiques et les échanges commerciaux”, poursuit le chercheur qui consacre un ouvrage à la question: Des limites de la transition: pour une décroissance délibérée.

 

Les décroissants estiment que le défi climatique n’est pas un problème technique qui sera résolu par de nouvelles technologies. Ils prônent un changement de société en profondeur. “Par exemple face aux OGM, les décroissants veulent que les décisions soient prises collectivement avec les citoyens. Ils veulent aussi retrouver de l’égalité dans l’économie comme avec le revenu universel dans l’idée de travailler moins pour produire moins et consommer moins”.

Des services publics pour tous les publics

L’idée est générale, mais elle s’applique à tout, y compris le secteur de la finance. Romain Gelin cite ainsi Belfius, banque qui appartient à 100% à l’État et gère aujourd’hui un quart du PIB (produit intérieur brut) de la Belgique. “On est train de vouloir la remettre en bourse alors que le public pourrait la reprendre en moins”, explique le chercheur. La SNCB a actuellement un mode de gestion qui s’aligne sur le privé et, pour cette raison, supprime des lignes qui ne sont pas rentables. Les décroissants remettent cela en question dans l’idée d’un service pour tous les publics. Ils veulent des budgets participatifs publics depuis une quinzaine d’années.

La décroissance est aussi un projet de relocalisation de l’économie et de l’agriculture qui, à ce titre, s’oppose aux grands accords commerciaux comme celui du TTIP, le traité de libre-échange transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis. “La décroissance, c’est plus une matrice qu’un parti politique en tant que tel”, signale Romain Gelin. “Les décroissants sont proches de l’éco-socialisme. C’est un agglomérat de personnes d’obédience chrétiene de gauche, de déçus du marxisme et d’une écologie trop proche du marché”.

Les objecteurs de croissance créent des liens de solidarité et imaginent des alternatives. On leur doit par exemple les 54 donneries belges. Ils créent aussi de l’habitat léger écoresponsable et financièrement accessible. “La transition ne suffira pas. Nous pensions au départ qu’il vaut mieux choisir la décroissance plutôt que de la subir, mais c’est malheureusement déjà trop tard. Alors puisqu’on va vers un effondrement, comment maintenir des structures solidaires ? Nous ne prétendons pas avoir la vérité. Nous savons juste que le développement durable et le green washing ne suffiront pas ”, conclut Michèle Gilkinet.

http://www.objecteursdecroissance.be/

Pour en savoir plus, lisez notre dossier « Vers une nouvelle gauche? » et notre interview de Paul Magnette. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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