Le bilan pas terrible un an après la légalisation du cannabis au Canada

Le Luxembourg s'apprête à devenir le premier pays européen à autoriser la culture, le commerce et la consommation du cannabis à usage récréatif. Un modèle calqué sur celui du Canada qui, un an plus tard, fait quelque peu la grimace.

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Le 17 octobre 2018, le Canada réalisait le fantasme de millions de consommateurs à travers le monde en légalisant le cannabis. Un an plus tard, un premier bilan peut être tiré. Et c’est pas vraiment la joie.

Ceux qui redoutaient une explosion de la consommation auront plutôt tendance à se réjouir. En effet, le nombre de Canadiens de quinze ans et plus ayant consommé de la mari est resté stable: un peu moins de cinq millions. Les services de santé canadiens se félicitent de l’efficacité des campagnes de prévention. « On pensait qu’une approche prudente serait mieux indiquée que la prohibition, explique le docteur canadien Robert Perreault, médecin psychiatre à la Direction de la santé publique de Montréal, à Radio Canada. Les effets sur le cerveau en développement restent un débat soumis à des recherches, et qu’on légalise ou pas, on a le même problème. Ce qu’il faut, c’est aider les jeunes à retarder l’initiation, donc travailler sur des mesures préventives qui ont souvent moins à voir avec le cannabis, mais plus avec leur capacité de faire face à la vie de façon générale. »

Autre motif de satisfaction: la fin des tabous. Selon les experts, les jeunes n’ont plus peur de rendre publics leurs questionnements, voire d’en parler avec leurs parents ou leur médecin.

« La fête est finie »

Au niveau économique par contre, le Canada pleure des résultats extrêmement décevants. Le Courrier International rapporte les propos très durs de plusieurs journaux canadiens. Parmi eux, le Financial Post, sans pitié: « La première année de cannabis légal a été un désastre complet. Les titres de ceux qui devaient être les dix plus gros producteurs de cannabis en termes de capitalisation boursière ont été matraqués, générant un rendement négatif moyen de plus de 57 % pour les investisseurs. » Pour le Wall Street Journal, « la fête est finie pour l’industrie du cannabis ».

De mauvais résultats financiers qui s’expliquent notamment par les prix quasi dissuasifs des canaux légaux et par le fait que les producteurs de cannabis légal n’ont pas su faire face à la demande et se sont vite retrouvés en rupture de stock. Ce qui a poussé les consommateurs à rapidement reprendre contact avec leur dealer. Un an après la légalisation, le marché noir concentre donc encore 80 % des ventes de weed.

Pire, certains du côté de la police estiment que des productions ayant été avalisées par le ministère de la Santé pour cultiver du cannabis à des fins thérapeutiques cachent en leur sein des membres de groupes criminels. Alerté par le journal luxembourgeois Le Quotidien, le directeur de la Confédération du commerce du Grand-Duché, Nicolas Henckes, dit avoir pris acte des résultats décevants et réaffirme sa volonté « d’étouffer le marché illégal« .

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