Vous permettez, monsieur, que j’emprunte votre foie?

Ce 17 octobre est la journée mondiale du don d'organes. L'occasion de faire le point sur la situation en Belgique et les éléments pratiques à connaître pour faire son choix.

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Pourquoi s’inscrire comme donneur d’organes?

La loi belge établit que nous sommes tous donneurs a priori, sauf si l’on a exprimé son opposition, via l’administration communale ou auprès de ses proches. Officiellement, les équipes médicales se sont même plus obligées de tenir compte du refus des proches. On pourrait donc croire qu’il est inutile de s’inscrire. Mais dans la pratique, les choses sont beaucoup plus sensibles.

Quand un patient est décédé, ou en état de mort cérébrale, ses proches sont sous le choc. L’équipe médicale vérifie d’abord le registre des propositions de don et des refus. Si le patient n’y est pas inscrit, elle vérifie auprès de la famille s’il a exprimé un souhait ou une opposition au don d’organes. Quand ce n’est pas le cas, des gens pétrifiés par la perte doivent prendre une décision dans l’urgence, en fonction de leurs connaissances et de leurs angoisses. Est-il vraiment mort? Risque-t-il de souffrir? Si je dis oui, va-t-on récupérer le corps rapidement, sera-t-il abimé?

En exprimant officiellement sa volonté au préalable, la décision le jour J est prise immédiatement et on épargne ce choc supplémentaire à sa famille. On peut aussi la préparer et lui expliquer que trois médecins, indépendants aux greffes, doivent valider la mort cérébrale, que sauf en cas de mort suspecte, le corps est remis immédiatement après les prélèvements pour que la famille puisse procéder aux funérailles, et que rien ne sera visible en dehors de quelques pansements.

Qui peut s’inscrire comme donneur d’organes?

Tout le monde. Pour être inscrit au registre national, il faut juste être majeur, bien sûr, et domicilié en Belgique depuis six mois au moins. Mais si ce n’est pas le cas on peut aussi signifier sa décision à ses proches, oralement ou par écrit.

Certaines personnes hésitent parce qu’elles sont âgées ou qu’elles ont des problèmes de santé. Or, si on ne prélève plus de cœur et de poumons au-delà de 60-65 ans, il n’y a pas de limite d’âge pour le foie et les reins par exemple. Il y a des donneurs de plus en plus âgés, dont les organes ou les tissus permettront d’aider les personnes âgées sur les listes d’attente – et elles sont de plus en plus nombreuses.

On peut donc encore sauver des vies à un âge avancé. Et il n’y a aucune limite d’âge pour les tissus: peau, os, cornée…

Quels organes peut-on prélever?

Le cœur, les poumons, les reins, le foie, les intestins, le pancréas quand le patient est en mort cérébrale («donneurs à coeur battant»), les poumons, les reins, le foie, le pancréas quand le patient est en arrêt cardiaque («donneurs à coeur non battant»). Plus les tissus. Mais même si l’on est inscrit au registre, on ne deviendra pas forcément donneur. Il faut pour cela que la personne décédée soit prise en charge rapidement et dans de bonnes conditions, sinon ses organes ne pourront jamais servir à personne.

Comment peut-on s’inscrire?

Il suffit de retirer un formulaire à l’administration communale ou sur Internet, de le remplir et de le ramener à la maison communale. On est alors inscrit sur le registre des intentions ou des refus de don.

Peut-on donner des organes de son vivant?

Oui. En Belgique, la pratique est encore limitée au cercle des proches d’un malade. Il faut être majeur, informé des différentes étapes et des risques éventuels, donner un consentement éclairé, agir dans un but altruiste et avoir l’accord d’une commission pluridisciplinaire. On peut ainsi faire le don d’un rein, d’un lobe de foie ou de poumon.

Le don d’organes et le don de son corps à la science sont-ils une seule et même chose?

Non. Dans le premier cas il s’agit exclusivement d’éléments du corps destinés à être greffés à des malades. La dépouille mortelle est rendue à la famille.

Dans le second cas, le corps servira à la recherche scientifique ou à l’apprentissage (cours de dissection pour des étudiants en médecine, cours de reconstruction faciale pour des thanatopracteurs, etc.)

Quelques chiffres

En 2009 le registre national comptabilisait 98.980 intentions de dons. Dix ans plus tard, on est passé 375.219.

Le nombre de refus, lui, est resté assez stable: 189.790 en 2009 et 197.989 aujourd’hui.

Fin 2018, en Belgique :

– 1294 personnes étaient inscrites sur une liste d’attente pour une greffe

– 957 personnes ont été transplantées

– 82 personnes sont décédées faute de donneur

En 2018, il y a eu 90 transplantations de donneurs vivants

Les organes les plus demandés sont les reins (de très loin), puis le foie et les poumons.

Merci à Isabelle Sénépart, en charge de la campagne Beldonor pour le SPF (Service public fédéral) Santé publique.

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