Fréquemment agressés, les pompiers sont à bout de souffle

La grogne monte chez les pompiers français, attaqués par les CRS alors qu'ils manifestaient calmement le week-end dernier. En Belgique, le ras-le-bol des hommes du feu est similaire.

©Belga Images

« Je me suis fait tirer dessus à bout portant. Je lui ai dit que j’étais en train de ramasser un copain et il m’a tiré dessus. C’était un CRS. Je ne venais pas lui casser la gueule, je venais aider un copain. Les pompiers se font tirer dessus par la police ! On en est où ?! » La vidéo de ce pompier à bout de nerfs a fait le tour des réseaux sociaux. La jambe ensanglantée, l’homme raconte comment un policier s’en est pris à lui alors qu’il manifestait pacifiquement. Le 15 octobre, des milliers de pompiers défilaient dans les rues de Paris pour scander leur ras-le-bol. Une fois n’est pas coutume, les choses ont dérapé entre manifestants et CRS. Sauf que ce malheureux événement a une toute autre portée puisqu’il oppose deux services publics pourtant censés s’entraider et se compléter.

« Ce qu’il s’est passé en France est complètement affolant. Ce ne sont même plus des représentants des forces de l’ordre, ce sont des crapules« , s’insurge Éric Labourdette, pompier professionnel et dirigeant responsable du syndicat libre de la fonction publique (SLFP). Pompier à Bruxelles depuis 31 ans, il assure, qu’heureusement, la situation n’a jamais dégénéré de la sorte entre les policiers et les pompiers belges. Au contraire, le pompier professionnel souligne le soutien qu’il y a entre les deux services publics. « Les relations sont cordiales. On a besoin les uns des autres. En intervention, on est contents que les policiers nous accompagnent et inversément.« 

Agressions VS impunité

Pourtant, des manifestations du genre il y en a eu. Et pour cause : « On a exactement les mêmes problèmes et revendications en Belgique ! », tranche-t-il. Manque de personnel, réserves de volontaires qui se vident, formations qui ne cessent de s’accumuler et, surtout, de plus en plus d’agressions. À Rennes ou à Toulouse, plusieurs pompiers ont été pris au piège par des personnes malintentionnées. Appelés pour une intervention, les hommes du feu se sont retrouvés encerclés et caillassés. En Belgique, des situations similaires ont lieu de plus en plus fréquemment. « On représente un état, on porte un uniforme. À travers nous, c’est le gouvernement et l’autorité qui sont attaqués« , analayse Éric Labourdette. Il y a quelques semaines, des sapeurs sont intervenus pour « éteindre des poubelles en feu dans une cité« . Après s’être fait virulemment insulter, l’un d’entre eux a pris un coup de poing au visage qui lui a coûté un arrêt de travail.

Pour Éric Labourdette, ces agressions en augmentation sont notamment dues à l’impunité. Le pompier illustre avec quelques exemples récents : le 31 décembre dernier ou encore les diverses échauffourées de 2017. En plus des dégâts matériel occasionnés, les pompiers ont fréquemment été pris pour cible. « Grâce aux réseaux sociaux et aux caméras de surveillance, on pourrait identifier les casseurs et les arrêter, mais on ne le fait pas. Forcément, ces personnes se croient tout permis. On en arrive à des situations de guérilla urbaine !« 

En Belgique et en France, on fait allusion à de nouvelles formations qui aideraient les pompiers à mieux se défendre en cas d’agression. Éric Labourdette ne les voit pas d’un bon œil, pire il les dénonce. « C’est le monde à l’envers ! Est-ce vraiment aux pompiers à gérer la violence des gens ? Comme si on n’avait pas déjà assez de cours à suivre. C’est la société qui a besoin d’une formation. » Pour répondre aux nouveaux dangers dus aux technologies comme les voitures hybrides ou les maisons passives, les pompiers doivent être constamment en formation. Un passage aussi nécessaire qu’obligatoire qui décourage les volontaires épuisés de devoir suivre fréquemment des cours.

« En France, on compte en moyenne cinq agressions de pompiers chaque jour sur 10 000 interventions. En Belgique aucune base de données n’existe, preuve de l’intérêt de nos autorités envers les pompiers », écrivait Éric Labourdette il y a quelques semaines dans un courrier adressé à la Fédération européenne du service public. Le pompier le promet, eux aussi descendront dans les rues et iront toquer à la porte du Premier ministre pour exprimer leur ras-le-bol. « Avec moins de violence j’espère. »

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