Tout tout tout sur le zizi. Et le reste…

La sexualité est présente partout, tout le temps, accessible comme jamais. Pourtant, les adolescents – qu'on pense surinformés – baignent parfois dans une ignorance dangereuse. L'école peut-elle pallier ces lacunes?

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Dans le cadre des améliorations à apporter à notre enseignement, un groupe de travail réfléchit notamment au cours d’éducation à la sexualité, une matière introduite il y a 50 ans dans les écoles. Sont-ils adaptés? Faut-il les commencer plus tôt, en fin de primaire? Le sujet est important et visiblement il y a du boulot…

Coline, 15 ans, pense qu’il suffit de prendre la pilule quelques jours par mois pour assurer sa contraception. Quand elle va aux toilettes, Sara retire son tampon parce qu’elle imagine qu’il ferait bouchon. Pour Jordan, pas besoin de préservatif. La pilule que prend sa copine les protège forcément des grossesses comme des MST. Pauline n’a pas compris comment elle est tombée enceinte à 16 ans: elle prenait sa pilule tous les jours – placée directement dans le vagin.

Ces énormités témoignent d’une ignorance qui peut avoir de lourds effets secondaires. La faute à qui? Au tabou qui pèse encore lourdement sur le sujet. A Internet, qui véhicule au moins autant de conneries que d’informations pertinentes. Mais surtout au décalage entre les illusions qu’entretiennent les parents d’un côté («nos enfants savent déjà tout»), les ados de l’autre («on sait tout ce qu’on a besoin de savoir») et la réalité. Audrey Janssens est à la fois enseignante et sexologue à Mons. Dans sa classe ou en dehors, elle fait face tous les jours aux conséquences de ce malentendu généralisé. «Les enfants veulent apprendre, ils sont curieux, c’est normal. Mais quand ils demandent aux adultes, les adultes leur tournent le dos au lieu de les renvoyer vers des gens qui peuvent les aider. Et quand ils cherchent de leur côté ils trouvent souvent une information très biaisée. Sur Internet on trouve de très bonnes et de très mauvaises choses, et parfois on n’a pas l’esprit critique pour faire la différence. Quand on n’a pas les données de base, c’est difficile de savoir à quoi on peut faire confiance

« Il ne faut pas vulgariser la sexualité mais il faut en parler sans être gêné et en utilisant les bons mots »

L’information sur la sexualité n’est pas un détail. C’est un élément fondateur de la personnalité d’un adulte et la base d’une vie sexuelle saine et protégée. Quand ils n’ont pas eu d’éducation correcte à ce sujet, les ados peuvent rencontrer de problèmes «classiques», de la grossesse à la MST, mais aussi dériver vers des comportements destructeurs, pour eux ou pour les autres. «On se retrouve avec des ados et des jeunes adultes complètement perdus, explique Audrey Janssens. Ils ne savent plus comment se comporter… Soit ils tombent dans l’hypersexualité avec ce que ça comporte de non-respect et de manque de confiance en soi – ils savent tout sur les pratiques en veux-tu mais ne connaissent rien sur l’affectivité. Soit, à l’inverse, ils deviennent complètement sexophobes

Pour éviter ce problème, il faut donc passer par la case apprentissage. A la maison ou à l’école? Audrey Janssens: «L’idéal serait qu’il y ait l’école et les parents ensemble. Certains parents peuvent en parler facilement avec leurs enfants. D’autres n’ont pas envie d’aborder le sujet parce qu’ils ne sont pas à l’aise. Dans ce cas il ne faut pas le faire, mais on peut passer le relais et accompagner. Il faut aussi que l’école soit présente. Dans certains milieux assez fermés, pour des raisons personnelles ou religieuses, c’est très compliqué. Quand la famille ne peut pas aborder la question, il est important que l’école joue son rôle, en faisant appel à des gens qui s’y connaissent…»

Tant qu’il n’existe aucune politique claire à ce sujet, les établissements scolaires règlent la question à leur manière et instituent des cours ou ateliers à l’efficacité très variable. Beaucoup d’adolescents disent n’avoir jamais vu ce sujet en classe. Ou alors une version express, limitée à l’aspect anatomique avec le tableau des appareils reproducteurs humains, et au panorama des moyens de contraception avec le spectre du sida en toile de fond. «Avant d’aborder la grossesse et le sida, avant même d’aborder la sexualité, il faudrait parler de tout ce qu’il y a avant», souligne Audrey Janssens. «Il faut parler du relationnel. Et on peut commencer tôt, vers la 4e ou 5e primaire, parce que les enfants ont souvent un petit copain ou une petite copine. A ce moment ils ne pensent pas à la sexualité. Là c’est important déjà d’avoir une approche sur l’affectivité et le respect de soi-même

Reste à savoir quand il faut passer aux choses sérieuses. Une question difficile parce qu’on doit tenir compte de ce que les enfants peuvent comprendre, connaître, appréhender… et mémoriser. Mais pour la sexologue, pas besoin d’attendre que les ados aient 14 ou 15 ans. Au contraire. Il y a des sujets qu’il vaut mieux anticiper. «On peut commencer à aborder la sexualité en 6e primaire. Quand un garçon tombe sur des images pornographiques, par hasard, sur Internet ou à la télé, il a 8 ans en moyenne…. Il est important de leur expliquer pour les préparer. On n’est pas obligé d’entrer dans les détails mais au moins, si votre enfant tombe sur ces images, qu’il sache que c’est du cinéma, que si c’est excitant c’est normal, que c’est le but, que ce n’est pas ça des rapports sexuels, mais que ça fait partie d’une sexualité d’adulte

La réflexion sur l’éducation à la sexualité est donc compliquée mais essentielle. Et on se réjouit que les politiques (ré)étudient sérieusement la question. Dans une interview à Sud Presse, Caroline Désir, ministre francophone de l’enseignement, soutient l’idée d’aborder plus tôt la sexualité à l’école. Audrey Janssens: «C’est une super bonne nouvelle. Quand j’ai commencé à faire de la sexologie, mon plus grand combat c’était de faire de l’EVRAS (Education à la vie relationnelle, affective et sexuelle, ndlr), et puis je me suis rendu compte que ce n’était vraiment pas dans les projets du politique. Ils se disent souvent qu’on n’a pas les moyens, et du coup préfèrent faire plein d’autres choses. Eux-mêmes sont mal à l’aise. Malgré sa vulgarisation, la sexualité reste un tabou dans notre société. Je trouve hallucinant qu’on ne parle pas davantage de cela dans les écoles…»

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