La Belgique ne compte pas vraiment deux démocraties

Les Francophones s'inquiètent de la prise d'autonomie sans précédent de la Flandre. Au nord, on voit les choses différemment. Ce sont les Wallons qui virent trop à gauche… On aurait pourtant plus de points communs qu'on le pense.

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La crise politique belge se poursuit depuis le 9 décembre 2018. Les deux nouveaux informateurs – Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS) – ont la lourde tâche de la résoudre. Le défi est particulièrement complexe tant les divergences entre les deux partis leaders dans leur région respective sont nombreuses. « Il y a un grief qu’on ne peut pas faire au gouvernement flamand: celui de mener une politique de droite, commence le constitutionnaliste et président du Centre de Droit public de l’ULB Marc Uyttendaele. Les tendances nationaliste et extrémiste représentent quasi la moitié de l’électorat. Le CD&V et l’Open VLD pensent que ça doit se traduire par cette droitisation. Ça met en lumière les différences de valeurs des deux régions. » La Flandre a notamment décidé d’arrêter de financer le Centre interfédéral pour l’égalité des chances Unia, de durcir indirectement sa politique migratoire, de créer un genre de Sûreté de l’État régional pour mieux contrôler les mosquées et de nommer, en la personne de Zuhal Demir, une ministre de la Justice – titre jusqu’ici réservé au Fédéral.

Les Wallons s’éloignent

Si côté francophone on estime que la Flandre s’éloigne, du côté flamand on pense que ce sont les Wallons qui créent la distance, en votant à gauche. Les orientations au sud sont incontestablement différentes du nord. La preuve par trois. D’abord, au niveau environnemental. Avec l’ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, la Wallonie se veut plus ambitieuse que la Flandre, qui veut réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre à la même échéance. En termes d’enseignement ensuite, la Wallonie confirme l’allongement du tronc commun. En Flandre, il ne verra jamais le jour, la Région ayant opté pour l’introduction d’épreuves standardisées dans le parcours scolaire. Enfin, les politiques humanistes et sociales. On l’a vu, la Flandre veut preuve de dureté envers les migrants. La Région entend aussi contrôler davantage les demandeurs d’emploi et les chômeurs. Côté francophone, la stratégie est d’accompagner les concernés et de mieux les former afin qu’il se réinsère sur le marché de l’emploi.

Votes différents, mêmes opinions

« En terme chronologique, le gouvernement flamand a présenté son programme après la Wallonie, commente le directeur du Centre de recherche et d’information socio-politique Jean Faniel. Mais s’il y a deux visions, c’est parce qu’il y a deux régions. Côté flamand, on dit que les Wallons sont différents. Si on a une politique plus nationaliste flamande, plus répressive, plus fermé par rapport aux étrangers, avec une conception différence sur les questions de discriminations, c’est quelque chose qui est le fruit de l’interprétation du signal des électeurs.« 

Le politologue de la VUB Dave Sinardet réfute cela dit le fait que le Belgique aurait deux démocraties distinctes… « Quand on fait des études d’opinion publique liées à la politique fédérale, on constate que les différences sont quasi inexistantes. Faut-il enfermer des enfants migrants? Doit-on autoriser l’accueil des migrants dans les maisons? Que faire avec les voitures-salaires? Faut-il conserver l’index? Doit-on relever les pensions minimums, etc. Le comportement électoral est différent, mais les opinions sont assez similaires. Ça s’explique en partie par le fait que la Belgique francophone ne connaît pas de parti de droite radicale. Certains votent à gauche pour les programmes socio-économiques mais sont à droite sur la sécurité. »

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