Qui la police protège-t-elle quand elle gaze et frappe des manifestants pro-climat ?

À froid, la réaction disproportionnée de la police envers les militants d'Extinction Rebellion reste incompréhensible. Si les arrestations ne sont pas remises en question, le recours excessif à la violence interpelle.

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Les drapeaux ont été décrochés, les tentes démantelées, les décors emmenés… Plus aucune trace non plus des chaises qui délimitaient une demi-douzaine de petites assemblées citoyennes. De la manifestation de samedi, mise en place par le mouvement Extinction Rebellion, il ne reste plus que les quelques photos colorées du début du rassemblement… et l’indignation de la répression policière. Sur les réseaux sociaux tournent les images révoltantes de policiers sur les dents gazant, aspergeant et matraquant des militants dotés pour seules armes de tracts et de drapeaux. « Il y a clairement eu un problème de proportionnalité » commence Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des Droits humains.

Pour comprendre l’aberration de l’intervention policière, il faut être au fait de l’ambiance qui régnait sur la place Royale. Extinction Rebellion promettait une action de désobéissance civile et prévenait d’un haut risque d’arrestation. Contrairement à ce qui se fait en général dans ces cas-là, et dans le but de rameuter un max de monde, le mouvement avait largement communiqué sur l’évènement. Il n’a donc pas été difficile pour la police de bloquer les jardins du palais royal, cible initiale de l’action, un peu avant qu’elle débute. Pas grave, les militants se sont retrouvés, vers 14h, au cœur de la place Royale. Créant là un village à l’ambiance familiale. Du Bob Dylan et John Lennon dans les oreilles, le gros millier de manifestants se baladaient, un brassard au bras ou un drapeau à la main. Le logo d’Extinction Rebellion trônait aux quatre coins de la place. Plus qu’à une manif, on semblait être à un festival. Les touristes et promeneurs se mêlaient aux activistes, et le gars qui vendait ses gaufres faisait son chiffre du mois. Seul véritable trouble, les embarras de circulation causés aux alentours, entre la rue de la Loi et la Porte de Namur.

« We don’t move »

Après trois ou quatre heures de manif, Pierre Vandersmissen, commissaire de la zone Bruxelles-Capitale-Ixelles, a commencé à parader à travers la place, demandant aux activistes de quitter les rails de tram. « C’est un moyen de transport écologique, vous ne pouvez pas refuser ». Une remarque dont le ton donne envie de faire tout l’inverse. Directement ont fusé les « we don’t move » (« on ne bouge pas »). Le mouvement s’appelle Extinction Rebellion, ce n’est décemment pas une petite injonction qui va faire peur aux militants.

À ce moment-là, ils constituaient une poignée de cercles où s’enchainaient débats et chansons. Et ce en français, en néerlandais et en anglais. Les organisateurs ne cachaient pas leurs objectifs : occuper la place Royale durant 24 heures et mettre en place, via ces fameux cercles de discussions, un embryon de la nouvelle démocratie qu’ils entendent promouvoir.

On savait déjà qu’ils ne tiendraient pas 24 heures. Les policiers attendaient sagement dans les artères menant à la place. Jusqu’à ce qu’ils décident que c’en était assez. Et là, apparemment, il a fallu aller vite. La défiance a jailli des yeux des manifestants en même temps que l’eau des canons. « Je ne parviens pas à comprendre l’utilité des canons à eau et du gaz poivré…, déplore Pierre-Arnaud Perrouty. La manifestation était pacifique, dans son message et dans son action. Elle ne comptait aucun extrémiste violent. »

Aucun danger

Les militants arrêtés ne sont pas de pauvres victimes. Les 150 activistes qui ont tenté de pénétrer dans les jardins et qui ont fini dans un fourgon connaissaient les risques. Ceux qui ont résisté (pacifiquement !) aussi. Tous ont assumé. Mais l’usage qu’a fait la police de la force face à la population la moins hostile de l’histoire de la manifestation est incompréhensible. Elle a frappé sur des militants inoffensifs alors qu’à aucun moment, un agent n’a été en danger. Aucun. Certains ont probablement été provoqués verbalement. D’autres disent avoir vu des chaises voler. Mais les policiers présents samedi ne peuvent pas justifier la force de la répression.

Des canons à eau ont visé des enfants et des personnes âgées. Des jeunes ont été gazés quasiment à bout portant. Des manifestants ont été matraqués alors qu’ils se tenaient dos aux policiers. « Cela dit beaucoup des tensions grandissantes qui naissent quand il faut gérer une manif. On n’en est pas encore au même point qu’en France, mais je ne m’attendais pas à voir une telle répression samedi. » Les micros ont capté des manifestants dénonçant un Etat fasciste. En sommes-nous là ? « Non. Mais les idées fascistes s’expriment de plus en plus facilement. Des propos qui étaient d’extrême droite il y a quelques années sont devenus mainstream. Cela ne sent pas bon. »

Conclusions hâtives

Le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS) a annoncé aujourd’hui que pour lui, il n’y avait pas eu de faute de la part des forces de l’ordre. « Je suis étonné que Philippe Close ait tiré ces conclusions aussi vite… Cela me semble très rapide, signale Pierre-Arnaud Perrouty. Nous allons maintenant analyser les plaintes crédibles et nous pourrions envisager des suites. Nous comptons également relancer l’Observatoire des violences policières, un peu en stand-by actuellement, mais dont on commence à avoir besoin après une série d’interventions qui posent question. »

Samedi, de nombreuses personnes participaient à leur première manifestation. La plupart s’attendaient à se faire dégager, mais pas comme ça. « Clairement, ces personnes ne comprennent pas. C’est contre-productif pour la police. Il ne devrait y avoir aucune raison d’opposer la police à la population, surtout autour de ce genre de problématique universelle. » A priori, la mission première de la police est de protéger la population. On se demande bien qui elle protégeait samedi.

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