Non, les perruches ne menacent pas l’Europe… pour le moment

Au même titre que les pigeons, les perruches font désormais partie du paysage urbain. Ces oiseaux exotiques sont-ils réellement nuisibles à l'environnement et aux espèces indigènes? On fait le point avec Natagora.

parakeet-necklace-638368_1920

« Qu’est-ce qui est vert, qui fait un boucan pas possible, et qui monte et qui descend ? » Non, ce n’est pas un petit pois sur un monte-charge. On vous donne la réponse : une population de perruches dans un parc bruxellois. Les nombreux citadins qui ont profité de la douceur du week-end pour flâner dans l’un des écrins verts de la capitale n’ont pas pu les louper. Dans le parc de Forest, aux étangs d’Ixelles ou aux alentours de la d’Arezzo (rendue célèbre par le roman … « Les perroquets de la place d’Arezzo« , d’Eric-Emmanuel Schmitt), les perruches sont légions. Le phénomène s’observe dans pratiquement toutes les grandes villes du continent, à tel point que le journal italien La Repubblica titrait vendredi : « La menace qui plane sur l’Europe », accusant les volatiles de « détruire les cultures et chasser les espèces d’oiseaux locales » alors que les perruches prolifèrent et se répandent… 

Bio-xénophobie

Alors faut-il s’inquiéter pour notre biodiversité ? Alain Paquet, du département étude de Natagora est catégorique. C’est non ! « Dans certains endroits, comme en Israël ou dans la région de Barcelone, les perruches ont un impact, très léger, sur les cultures de fruit. À Bruxelles, il n’y a aucun problème avéré sur les espèces indigènes, notamment les oiseaux qui sont mêmes en augmentation ! Le souci avec les perruches, c’est qu’elles sont impressionnantes. Quand on se ballade en ville, on les voit voler à toute vitesse, on les entend très fort, elles sont grandes et colorées. Quand on y prête attention, on ne voit qu’elles et ça donne l’impression d’une invasion. Mais c’est faux ! » 

Pour le spécialiste, parler de menace est totalement exagéré, et même déplacé. « La réaction publique vis-à-vis de quelque chose qui est neuf ou qu’on n’a pas connu dans sa jeunesse, c’est toujours de crier à l’invasion. Alors on sort de grands termes guerrier en qualifiant ces oiseaux de menace à combattre. C’est un vocabulaire digne du front national. La perruche est un animal coloré, pas de chez nous, qui fait du bruit, qui mange les mêmes ressources alimentaires que les espèces indigènes,… Remplacer le terme oiseau par « migrant » et vous obtenez exactement le même discours. C’est de la bio-xénophobie !« 

Belga Images

La ville sur un plateau

Il existe trois espèces de perruches sauvages à Bruxelles. Les Conures veuves, originaires des Pampas d’Argentine, les perruches alexandre, plus grandes, et les perruches à collier. Ces dernières sont environ 9.000 (!) à « avoir élu domicile » dans la capitale. Disons plutôt qu’elles n’ont pas eu le choix. « Le point de départ, c’est la libération d’une quarantaine d’individus à la fermeture du parc Meli sur le plateau du Heysel« , relate notre expert. « Ils ont ouvert les cages et, pendant 20 à 30 ans, l’espèce a survécu et s’est adaptée. En biologie, c’est ce qu’on appelle la phase de latence. Puis à un moment, un déclic se fait et on part vers une courbe exponentielle de croissance. C’est la phase qui fait peur parce qu’on ne sait pas quand ça va se stabiliser… Le pic a été atteint à 11.000 individus à Bruxelles. Ce nombre est ensuite redescendu pour se stabiliser aux alentours de 9.000. » 

Aujourd’hui, les perruches font partie de la faune bruxelloise. Et les autorités participent même à leur prolifération sans s’en rendre compte. « J’ai fait une observation étonnante avec les catalpas, ces nouveaux arbres qu’on a planté dans certaines communes de la capitale. Ce sont des plantations exotiques et la conure veuve est parfaitement capable de prendre les graines du catalpa pour s’en nourrir. Or, il n’y a quasi aucune espèce indigène qui sait le faire ! » Alors que, d’un côté, les autorités enouragent les citoyens à installer dans leur jardin de nouvelles mangeoire à mésanges auxquelles les perruches ne peuvent pas accéder, elles les favorisent d’un autre côté en leur offrant de la nourriture sur un plateau. Les oiseaux parcourent d’ordinaire une trentaine de kilomètres par jour, vers les Brabants flamand et wallon, pour se nourrir.

À plus long terme, avec le réchauffement climatique, les températures en Belgique pourraient encore davantage bénéficier aux oiseaux exotiques… Le statut de « nuisible » du volatile pourra alors sérieusement être mis sur la table. « Mais ce n’est qu’une hypothèse. Il est très difficile de faire des prévisions en biologie« , précise Alain Paquet. Ce qui est pratiquement sûr en revanche, c’est que les perruches vont se répandre dans toutes les villes de Belgique. On trouve déjà une colonie de 1000 individus à La Louvière, et les oiseaux volent régulièrement direction de Mons et Charleroi. Semi-urbains, ces oiseaux ont besoin des hommes pour vivre. Les mêmes qui les ont mis en cage avant de les relâcher. Un joli pied de nez… qu’on pourrait un jour bien regretter !

Belga Images

Sur le même sujet
Plus d'actualité