Cancer du sein: toutes les questions que l’on se pose sur la maladie

Dans le cadre du mois rose pour lutter contre le cancer du sein, Moustique re-publie plusieurs articles parus dans sa version papier sur le sujet. Où en est-on, trente ans et de belles avancées plus tard ? Philippe Aftimos, oncologue et responsable de l’unité de recherche à l’institut Bordet, fait le point.

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Cet article a initialement été publié dans la version papier de notre magazine le 29 mai 2019

Le cancer du sein est partout dans notre société. On a tous une amie ou une proche qui est passée par là. C’est un parcours de combattante, une lutte dans laquelle la médecine a fait d’immenses progrès. Peut-être trop et pas assez en matière de dépistage. Les points de vue divergent. En cinq questions, on remet de la clarté autour de cette maladie que la médecine tente de dompter, avec le professeur Philippe Aftimos.

Qui sont les femmes touchées par le cancer du sein?

“Une femme sur huit sera touchée par un cancer du sein. Ce chiffre est en augmentation surtout si on compare au taux d’incidence dans les années 1980. Une partie de cette augmentation est artificielle parce qu’on fait de plus en plus de dépistage précoce. Donc on en trouve de plus en plus. Le vieillissement de la population est également une cause. L’évolution de notre mode de vie est aussi en partie responsable: un âge plus avancé pour la première grossesse, moins de grossesses, plus de consommation d’alcool. La mortalité liée au cancer a diminué. Entre 70 et 80 % des femmes guérissent. Ce taux peut monter jusqu’à 95 % dans certains types de cancer du sein. Les recherches montrent que cette amélioration est liée à la fois au dépistage précoce et aux avancées des traitements. L’âge moyen des femmes qui ont une tumeur est de 60 ans. Mais ce n’est qu’une moyenne et des cancers du sein peuvent survenir dès 30 ou 40 ans.”

Comment soigne-t-on?

“Pour le cancer du sein précoce, la chirurgie va permettre de se débarrasser de la tumeur. Celle-ci est beaucoup moins mutilante grâce à la tumorectomie qui consiste à uniquement enlever la tumeur plutôt qu’une ablation comme cela se pratiquait par le passé. On ne procède plus non plus à l’ablation de tous les ganglions sous l’aisselle grâce à la technique du ganglion sentinelle. Une radiothérapie est pratiquée après la tumorectomie. Il existe également une technique de radiothérapie qui se pratique en même temps que la chirurgie pour certains cas sélectionnés. La majorité des cancers du sein expriment des “capteurs” aux hormones. Un des traitements principaux est de moduler et réduire les hormones via des médicaments. Les femmes qui ont été opérées d’un cancer du sein vont être mises sous traitement pendant cinq ans minimum afin de réduire la production d’hormones.”

Opère-t-on trop?

“Certaines écoles d’experts sont contre le dépistage. On trouve aujourd’hui des tumeurs plus petites et certains médecins pensent qu’elles n’auraient jamais évolué. Le nombre de faux positifs, qui plongent dans l’angoisse les femmes pendant des semaines, est également important. Moi je ne pourrais pas conseiller à une femme à qui on détecte une tumeur de ne pas se faire opérer. Cette polémique existe aussi concernant le cancer de la prostate. Mais le cancer de la prostate survient essentiellement chez des hommes très âgés. De ce fait, on peut décider d’avoir une stratégie de surveillance plutôt que d’opérer. La chirurgie reste incontournable dans le cancer du sein en l’absence de preuves scientifiques montrant le contraire.”

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Quels sont les facteurs de risque?

“Trois facteurs de risque coexistent pour tous les cancers en général: la génétique, les facteurs environnementaux (expositions et mode de vie) et la malchance. Pour le cancer du sein en particulier, des gènes héréditaires peuvent l’expliquer. Ce sont le BRCA 1 et le BRCA 2. Le BRCA 1 est le gène qui a conduit Angelina Jolie à se faire opérer préventivement. Il donne un risque de plus de 80 % de développer un cancer. L’exposition hormonale joue aussi. Un lien entre les traitements hormonaux de substitution à la ménopause et le cancer du sein a été établi. On s’interroge aussi sur l’influence de la pilule et des méthodes contraceptives hormonales.”

Quel dépistage?

“À partir de 50 ans, un dépistage est proposé une fois par an. Mais avant cela, les femmes sont invitées à pratiquer l’autopalpation. On conseille de se palper les seins par exemple sous la douche. Dans une grande partie des cas, ce sont les femmes ellesmêmes qui détectent une grosseur anormale. Au moindre doute, le mieux est de consulter son médecin. Les hommes ne sont pas complètement épargnés et devraient y être attentifs aussi: dans 1 % des cas, le cancer du sein touche les hommes.”

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