« Le réchauffement climatique est une urgence de santé publique »

1.000 médecins belges implorent nos dirigeants de prendre des mesures concrètes contre le dérèglement climatique, sous peine de risquer une catastrophe sanitaire, en Belgique comme ailleurs. Voici ce qu'il faut retenir de leur lettre ouverte.

© Martin Monserez

L’été dernier, 716 décès supplémentaires ont été enregistrés en Belgique au cours des trois épisodes de fortes chaleurs qui ont frappé le pays. Les températures élevées contribuent à augmenter la mortalité et ces phénomènes vont se multiplier et s’aggraver dans les décennies à venir… Pourtant, l’intérêt pour les impacts du dérèglement climatique sur la santé des citoyens ne semblent pas préoccuper nos élus. 1.000 médecins belges, membres du collectif Docs for Climate, adressent donc une lettre ouverte aux autorités politiques et à la population : « Nous devons agir, ici et maintenant, tous secteurs confondus, afin de limiter le dérèglement climatique. Il s’agit d’une urgence de santé publique« .

Effet papillon

La Belgique est épargnée par les manifestations les plus visibles et destructrices du réchauffement global (typhons, feux de forêts,…). Mais avez-vous déjà entendu parler de l’effet papillon ? Cette augmentation en fréquence et en intensité d’événements climatiques extrêmes provoquent des réactions en chaîne : diminution de la qualité de l’air, chute de la biodiversité, dégradation des écosystèmes, diminution de la productivité économique et agricole ou encore accès à l’eau plus difficile voire impossible selon les régions. « Cela entraîne une hausse de la mortalité liée aux températures extrêmes, une augmentation des pathologies respiratoires (asthme, allergies,…), une expansion des maladies tropicales transportées par les moustiques et autres vecteurs (malaria, dengue, Zika,…), une recrudescence de certaines maladies infectieuses ou encore la survenue de souffrances psychiques liées aux dérèglements environnementaux, aux catastrophes et aux conflits climatiques (éco-anxiété, syndrome de stress post-traumatique)« .

Docs for Climate pointe les premières victimes de ces pathologies : les personnes âgées, les nourrissons, les jeunes enfants, les patients atteints de maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes en situation de précarité. « Les conséquences du réchauffement seront demain la cause d’autant de souffrances de nos enfants.« 

« Peur de penser différemment » 

Comme le précise la lettre ouverte, les experts du GIEC tirent trois conclusions spécifiques sur le lien entre le dérèglement climatique et la santé : chaque dixième de degré compte (plus le réchauffement climatique est élevé, plus le risque sur la santé est grand), les mesures pour limiter le réchauffement climatique pourraient avoir un effet positif important sur la santé des populations, et finalement, plus nous attendons avant d’agir, plus grandes seront les adaptations nécessaires afin de préserver notre santé. 

« En tant que scientifiques et professionnels de la santé, nous ne pouvons accepter l’incapacité de nos gouvernements à respecter les engagements pris lors de la ratification de l’Accord de Paris en 2015. La Belgique – dont le taux d’émissions par habitant est historiquement et à ce jour parmi les plus élevés au monde – ne prend actuellement pas sa part de l’effort. Nous pensons que cet échec, notamment lié à la peur de penser différemment et pourtant positivement l’évolution de nos sociétés sur le long terme, met la population en danger à court terme et génère dès aujourd’hui un mal-être profond parmi un nombre croissant de nos concitoyens. » 

Cinq mesures, maintenant

Le collectif de médecins formule cinq demandes aux autorités pour empêcher une future catastrophe sanitaire : 

  • Adopter et mettre en œuvre un Plan National Énergie Climat qui permette d’atteindre la neutralité carbone bien avant 2050.
  • Mettre sur pied un Conseil Climatique Indépendant – composé de représentants scientifiques des différents secteurs et de représentants de la population qui sera chargé d’évaluer la mise en œuvre de ce Plan, de conseiller les gouvernements sur les mesures à mettre en œuvre et d’informer la population des résultats obtenus.
  • Communiquer clairement sur les conséquences du dérèglement climatique et environnemental sur la santé des Belges, ainsi que sur les mesures individuelles et collectives permettant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre bien avant 2050.
  • Désinvestir les moyens financiers publics des sociétés dont l’activité contribue au dérèglement climatique et à la dégradation de l’environnement, et de les réinvestir dans le développement d’une économie soutenable, décarbonée, socialement équitable, respectueuse de la santé, et résiliente face aux changements à venir.
  • Assurer qu’aucun étudiant ne soit diplômé sans avoir eu l’opportunité d’être formé aux enjeux climatiques et environnementaux liés à son secteur.

Et les médecins de conclure leur lettre : « Le diagnostic scientifique est clair et le traitement urgent. Il ne suffit pas de s’adapter au changement. Nous devons agir, ici et maintenant, afin de limiter le dérèglement climatique et environnemental. Il s’agit d’une urgence de santé publique.« 

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