Le couloir de la mort se vide doucement

Ce 10 octobre marque la 17ème Journée mondiale contre la peine de mort. En avril, Amnesty révèlait que la vision abolitionniste se propageait. Mais dans certaines régions, la peine capitale est encore trop rapidement prononcée et surtout, bien cachée.

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Cet article est paru dans le Moustique du 10 avril et a été mis à jour ce jeudi 10 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort.

Au moins. La locution précède chaque chiffre du rapport d’Amnesty, rappelant qu’aussi rigoureuse soit-elle, la récolte de données s’avère terriblement périlleuse lorsqu’elle concerne la peine de mort à travers le monde. Mais la précision ne doit pas masquer l’information principale révélée par l’organisation de protection des Droits humains : le recours à la peine capitale est en baisse à l’échelle planétaire. « La tendance mondiale allant dans le sens de l’abolition se maintient, malgré des mesures rétrogrades observées dans quelques pays. Le nombre d’exécutions recensées a chuté de plus de 30 %, étant le plus faible enregistré par l’organisation au cours de la dernière décennie » rapporte Amnesty, qui a recensé, dans vingt pays, au moins 690 exécutions en 2018, contre 993 en 2017. Et qui met notamment en exergue les progrès du Burkina Faso, de la Gambie, de la Malaisie ou de l’Etat de Washington sur la voie de l’abolitionnisme.

Mais ce chiffre est à mettre doublement en perspective. D’abord avec le nombre stagnant de condamnations à mort observé dans le monde en 2018 (plus de 2500). Ensuite, et surtout, avec le cas chinois. Amnesty estime que c’est bien au sein de l’Empire du Milieu que la peine de mort reste le plus d’actualité, et de manière spectaculaire. Mais l’ONG refuse de s’avancer sur une estimation, indiquant que les chiffres sont tout simplement introuvables. « Il s’avère impossible d’obtenir des chiffres précis sur l’application de la peine capitale dans le pays, ces données étant classées secret d’État. Le chiffre d’au moins 690 personnes exécutées dans le monde n’inclut donc pas les milliers d’exécutions qui ont probablement eu lieu en Chine. »

Outre la Chine, quatre autres Etats concentrent la plupart des cas : l’Arabie saoudite, le Viêt-Nam, l’Iran et l’Irak, même si, dans les deux derniers pays cités, le nombre a drastiquement chuté. Les Etats-Unis ne sont pas en reste, puisque les exécutions y ont augmenté pour la deuxième année consécutive, passant de 23 en 2017 à 25 l’an dernier, dont la moitié dans le seul Etat du Texas. Plus de 2600 prisonniers américains attendent encore le coup de grâce dans le couloir de la mort.

Truffé de récits glaçants, entre aveux forcés et condamnation à mort pour avoir poignardé un mari violent en situation de légitime défense, le rapport raconte notamment l’histoire de Carlton Gary. Cet Américain a vu, quelques heures avant son exécution, la Cour suprême de l’Etat de Géorgie refuser de réexaminer son cas alors que tests ADN auraient pu prouver son innocence. Amnesty rappelle qui si la tendance est globalement à l’abolitionnisme, le combat contre la peine de mort est loin d’être terminé.
Et conclut en citant Ndume Olatushani, ancien condamné à mort américain sauvé de justesse : « Ce sont souvent les gens qui ne peuvent pas faire entendre leur voix qui sont soumis à la peine de mort. Pendant tout le temps que j’ai passé là-bas, je n’ai jamais rencontré de personne qui avait de l’argent, je n’ai jamais rencontré qui que ce soit de riche dans le quartier des condamnés à mort. »

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