Journée mondiale contre la peine de mort : les enfants, victimes invisibles

La Coalition internationale contre la peine de mort profite de cette Journée mondiale pour mettre en lumière le destin dramatique des enfants de parents exécutés. Un sujet largement sous-traité.

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Ils sont ceux à qui l’on ne pense pas lorsqu’un homme ou une femme est exécuté. Ils sont pourtant les premiers concernés par le jugement. Dans son rapport, la Coalition internationale contre la peine de mort dresse aujourd’hui le constat dramatique de l’invisibilité des enfants de parents condamnés à mort et souhaite réveiller les autorités des pays pratiquant encore la peine capitale. « Nous avons décidé de lier cette Journée mondiale contre la peine de mort au trentième anniversaire de la Convention des droits de l’enfant qui aura lieu le 20 novembre, signale Bronwyn Dudley, responsable de programmes à la Coalition. L’objectif est de rendre plus visible un sujet très peu présent lors des discussions abolitionnistes. »

Amnesty rappelait récemment que 19.336 personnes étaient sous le coup d’une condamnation à mort dans le monde. Officiellement. Car l’on sait que ce chiffre doit être gonflé par les données chinoises, inaccessibles. Il est pourtant certain que le pays pratique la peine capitale de manière régulière. « On peut supposer que sur ces presque 20.000 personnes (plus les cas chinois), une partie a des enfants. Leur situation est donc loin d’être marginale… » Bronwyn Dudley suppose, puisque là aussi, les données sont introuvables. « Le fait qu’il n’existe aucune stat sur le nombre d’enfants concernés par la mise à mort d’un de leur parent est la preuve que la problématique n’est pas prise en compte. »

Stress post-traumatique

Et pourtant, comme le révèle le rapport publié aujourd’hui par la Coalition internationale contre la peine de mort, la vie de ces enfants sera fortement et durablement marquée par l’exécution de leur père ou de leur mère. « A travers tout le cycle de condamnation (arrestation, jugement, couloir de la mort, date d’exécution, exécution), l’enfant passe par différents stades de souffrances et de traumatismes. On observe notamment des sentiments de peur, de colère, d’embarras et une perte d’estime de soi. On note également des troubles de l’alimentation et du sommeil comparables aux symptômes de stress post-traumatique. »

Si, dans un monde idéal, la solution consisterait à abolir totalement la peine de mort, Bronwyn Dudley reconnait qu’il faut d’abord amener les Etats à prendre en considération l’intérêt de l’enfant dès le jugement. « Aux Etats-Unis, lors d’un crime domestique, l’auteur du crime est condamné à mort. L’enfant est dès lors rendu orphelin par l’Etat. À quel moment son avenir est-il inscrit dans le jugement ? Quand un parent est tué, est-ce dans l’intérêt de l’enfant que l’on exécute le deuxième ? »

Stigmatisation

Un enfant également oublié durant les longues années qui voient son parent végéter dans le couloir de la mort. « Très peu de prisons sont adaptées pour accueillir des visites dans le couloir de la mort. Les frais de transport peuvent également s’avérer chers. Je pense que l’Etat a la responsabilité de vérifier que les visites sont possibles, voire d’aider les familles à s’y rendre. » Car, c’est un fait, les populations concernées par la peine capitale sont souvent les plus marginalisées. Donc les moins susceptibles de se défendre et de faire face au jugement. Mais ces populations ont également l’habitude de faire l’objet de discriminations, qui ne s’arrangeront pas après l’exécution. « La stigmatisation du parent condamné se reflètera ensuite sur ses enfants. Ils devront la porter toute leur vie comme un fardeau, en plus de l’expérience lourde d’avoir connu l’exécution d’un parent. »

Il y a donc là derrière un sujet sous-traité à urgemment prendre en main. « Profiter d’une journée comme aujourd’hui pour en parler est essentiel car il concerne des enfants des quatre coins du monde. La peine de mort n’est pas pratiquée de la même manière partout, mais le traumatisme est le même pour toutes les victimes. »

©Coalition Internationale contre la peine de mort

Tableau provenant du rapport de la Coalition internationale contre la peine de mort

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