Les bioplastiques, toujours pas fantastiques

De plus en plus populaire sur le marché de l’emballage, le plastique PLA ne tient pourtant toujours pas les promesses d’un futur sans déchet.

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Commencer la journée sans café ? Impensable. Alors, tous les matins, pressé par le temps, il le commande à emporter. En quelques minutes, le voilà en route avec son gobelet surmonté d’un capuchon en plastique blanc. Le serveur lui a dit qu’il était compostable, et il se sent doublement léger : voilà un poids qui ne pèsera pas sur sa conscience écologique. Et il en va de même pour son ravier de frites ou ses couverts jetables, offerts par l’enseigne « nature » du coin. Ah le PLA, ce plastique magique !

PLA : trois lettres pour désigner l’acide polylactique, que l’on retrouve à la base de plus en plus en d’alternatives aux plastiques « traditionnels », les polyéthylènes, obtenus grâce au pétrole. Dans un premier temps, de l’acide lactique est créé grâce à la fermentation des sucres ou de l’amidon de plantes, comme le maïs par exemple. Il est ensuite « polymérisé » via une nouvelle fermentation pour donner de l’acide polylactique. Le plastique PLA est donc biosourcé, c’est-à-dire qu’il est obtenu à partir de végétaux ou de leurs déchets — rien à voir avec le label « bio ». Il est également biodégradable, ce qui signifie qu’il se décompose au cours d’un processus de compostage. Renouvelable, peu cher et non-toxique : pas étonnant que le plastique PLA soit de plus en plus populaire dans le secteur de l’emballage, des raviers de légumes aux sacs de courses. Sa production devrait d’ailleurs atteindre les 2,62 millions de tonnes d’ici 2023. Sauf qu’à bien y regarder, le PLA ne tient pas exactement toutes ses promesses. 

Un traitement privilégié, sinon rien

Les plastiques biodégradables se décomposent en éléments simples : en carbone, en hydrogène et en oxygène. Mais de là à les jeter avec les épluchures de pommes de terre au fond du jardin… Si le plastique PLA est bien compostable, c’est dans des conditions bien précises : dans un environnement contrôlé et à 58°C précisément. Et aujourd’hui, peu sont les pays qui ont développé les installations adaptées dans leur chaine de tri et de traitement industriel des déchets. La plupart du temps, il est donc assimilé à n’importe quel plastique et « on rate l’un de ses intérêts », déplore Renaud De Bruyn, ingénieur agronome et expert déchets pour Ecoconso. Pire, dans les décharges traditionnelles, le PLA peut se mettre à expulser du méthane, bien plus néfaste que le CO2. Il est donc dangereux lorsqu’il n’est pas traité correctement.

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Des champs pour du plastique

Maïs, blé, betterave, canne à sucre, pommes de terre… Pour obtenir du bioplastique, il faut mettre les mains à la terre. Et lui réserver des terrains qui pourraient servir à cultiver des produits alimentaires de base, plutôt que de finir en sacs en plastique au supermarché. Leur « culture » fait également augmenter les prix de matières premières essentielles dans certains pays pauvres par effet de demande, comme le maïs. C’est donc résoudre un problème pour en poser un autre, même si la part des surfaces cultivables utilisées pour les plastiques biosourcés n’est que de 0,02 % aujourd’hui, selon la plateforme European Bioplastics.

Privilégier le réutilisable

Certes, « l’impact du PLA est différent par rapport au plastique traditionnel, mais il n’est pas nul », explique Renaud De Bruyn d’Ecoconso. Pour l’expert en déchets de cette ASBL belge qui encourage des choix de consommation et des comportements respectueux de l’environnement et de la santé, la meilleure solution reste de ne pas céder à ces « bioplastiques » décomplexants et de leur préférer plutôt des solutions réutilisables. Pour notre amateur de café, il s’agira d’un gobelet lavable, prêté sous caution par son enseigne préférée, ou un contenant personnel — désormais déclinés en de nombreuses tailles et applications par des marques locales et durables. « Remplacer tous les emballages en plastique conventionnel par des bioplastiques n’a pas de sens. En faisant cela, on n’opte que pour un compromis », estime l’ingénieur agronome, quand l’action environnementale réside désormais dans des choix radicaux.

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