Industries minières en RDC : « Quand on a une Kalachnikov, on mange »

Viols, racket, pillage des mines,... Une centaine de groupes armés sont encore actifs à l'est du Congo. Rencontre avec un ex-combattant Maï-Maï.

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Or, cuivre, étain, tantale, tungstène,… Une bonne partie des minerais utilisés dans nos smartphones, tablettes ou voitures électriques proviennent de l’est de la République Démocratique du Congo. Des minerais qui suscitent encore la convoitise de nombreux groupes armés présents dans la région. Des militaires de l’armée régulière, des rebelles rwandais, ougandais ou burundais, mais aussi des groupes d’autodéfense congolais. Dont les fameux Maï-Maï et leurs guérisseurs qui changent en eau («Maï» en Swahili comme en lingala) les balles rivales… Créés pour stopper l’invasion de pilleurs étrangers, dont des génocidaires rwandais, beaucoup de ces mouvements ont été récupérés par des caïds locaux et des politiciens corrompus. Rencontre avec Papy Kachiramikai, ex-interrogateur pour les guerriers Maï-Maï.

Pourquoi avez-vous intégré un groupe armé?

Papy Kachiramikai: « J’étais enseignant et j’avais une bourse pour poursuivre ma formation mais cet argent a été détourné. Je me suis alors laissé influencer par des politiciens mal intentionnés et j’ai intégré la Force de défense nationale (FDN) puis l’armée régulière et enfin un groupe Maï-Maï au Nord-Kivu. J’y suis resté 12 ans. »

Quelle était votre fonction au sein de ce groupe?

« J’étais enquêteur. Je recueillais des témoignages, j’interrogeais les gens, j’arrêtais ceux ou celles qui avaient commis des crimes. »

Mais les Maï-Maï commettent également des exactions, non?

« On faisait ce que font tous les militaires au Congo. Quand on a une Kalachnikov, on mange. Personne ne peut rien vous refuser. Alors, on volait des poules ou des vaches à des paysans, on rackettait la population et on luttait pour avoir la main mise sur les carrés miniers. C’était clairement l’un des objectifs financiers. Et puis on se battait aussi contre l’armée régulière et les rebelles hutus rwandais. J’ai vu beaucoup de gens tués, dont de nombreux amis. » 

Combien étiez-vous?

« On était 1.200, dont de nombreux enfants-soldats âgés de 14 à 16 ans. »

Cette milice possédait-elle des armes lourdes?

« Oui. Outre des Kalachnikov, nous avions des mitrailleuses et des lances-roquettes. »

Comment décririez-vous ces 12 ans passés dans la forêt?

« C’était une vie misérable. Au début, on se sent protégé, on fait partie d’un gouvernement à part et on croit lutter pour récupérer le pays des mains des rebelles. Mais on se rend ensuite compte que les vrais bénéficiaires sont nos seigneurs de guerre qui bâtissent des maisons, envoient leurs enfants à l’école. Mais nous, on n’avait rien. »

C’est la raison pour laquelle vous avez déserté?

« Oui, je me suis dit que si restais dans la forêt, j’allais gâcher ma vie. Je me suis donc rendu aux casques bleus de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo – NDLR) avec 65 autres combattants. Ils sont venus nous chercher avec des camions, puis on a été transféré par hélicoptère et par avion dans un camp de Kamina (Province de Haut-Lomami). J’y ai suivi un programme de démobilisation de la Monusco durant 3 ans. »

Aujourd’hui, que faites-vous?

« Grâce au programme de démobilisation de la Monusco et à l’aide de l’ONG Caritas International, j’ai suivi une formation et j’élève aujourd’hui des poulets. Je suis également devenu président provincial des ex-combattants démobilisés et je parcours le Sud-Kivu à la rencontre des groupes armés pour tenter de leur faire déposer les armes. » 

DR

Campagne Derrière l’écran de Caritas: www.caritasinternational.be/fr/campaigns/derrierelecran/

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