Ouverture de la chasse : les naturalistes attaquent, les chasseurs se défendent

La saison de la chasse a été lancée mardi. Le débat est sensible. Les détracteurs dénoncent les dérives de la pratique et le mal qu'elle ferait à la biodiversité. Les adeptes défendent eux leur amour de la nature.

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La chasse est ouverte ! Depuis mardi, les chasseurs se préparent à battre les forêts et à guetter le moindre mouvement. L’occasion de revenir sur tout ce qui entoure une pratique de plus en plus décriée. Une cinquantaine d’associations, dont l’asbl de protection de la nature Natagora, ont d’ailleurs publié un communiqué dénonçant et illustrant les dérives de la chasse, ainsi qu’une pétition.

Pour discuter de cette problématique sensible, nous confrontons les avis d’Harry Mardulyn, ancien président de l’ASBL de protection de la nature Natagora et actuel coordinateur de la régionale Ardenne-orientale, et de Benoit Petit, président du Royal St-Hubert Club, la plus grande association de défense des chasseurs du pays.

Quelles sont les missions de la chasse ?

HM : Justement, cela me permet de dire d’emblée que nous ne sommes pas fondamentalement contre la chasse. Les chasseurs ont un devoir de régulation car les grands prédateurs ont disparu de nos campagnes et forêts. Ce qui entraine actuellement une surabondance de cervidés et de sangliers, qui a un impact négatif sur le biotope des forêts.

BP : Dans cette idée de régulation, nous avons des quotas à respecter lorsqu’il s’agit de prélever des sangliers et des cervidés. Si on ne les respecte pas, nous recevons des amendes financières salées (500 euros par sanglier non-tué par exemple). Nous avons enfin une obligation de sécurité, via notamment des examens autorisant le port d’arme.

La pratique entraine-t-elle des dérives ?

HM : Oui ! D’abord, le mal qu’elle fait à la biodiversité. 40% des forêts wallonnes sont en mauvais état à cause des cervidés et des sangliers. Plus rien ne pousse et les populations de reptiles ou de batraciens diminuent fortement. Tout cela crée des déserts écologiques. Plusieurs forêts wallonnes sont tellement abimées à cause de la chasse industrielle qu’elles risquent de perdre leur label PEFC, indispensable pour vendre leur bois. Et nous estimons que la surabondance de sangliers est, au moins en partie, due au nourrissage artificiel. Nous demandons son interdiction ! 

Nous demandons également la fin des battues à cor et à cri, qui stresse les animaux. Ils courent donc dans tous les sens, sont touchés par des balles tirées presque au hasard et agonisent durant plusieurs jours. La poussée silencieuse est possible, permettant un déplacement doux et une mort propre.

BP : Nous sommes les premiers à dénoncer les dérives, mais nous ne nous reconnaissons pas dans les campagnes menées par les associations naturalistes et estimons qu’elles cultivent les amalgames. Nous demandons plus d’objectivité et de dialogue car selon moi, il y a une certaine désinformation autour de la pratique. Je prendrais l’exemple du scandale de la peste porcine qui a éclaté l’an dernier. Tout le monde est directement tombé sur les chasseurs, alors que jusqu’ici, rien ne permet de prouver que notre responsabilité est engagée.

Des animaux sont-ils élevés pour être tirés ?

HM : Il s’agit effectivement d’une autre dérive de la chasse. L’élevage et le lâcher de faisans, de perdrix ou de colverts quelques jours avant d’être abattus (voire le jour même) est inacceptable. C’est notamment la conséquence des chasses d’affaires, réservées à une certaine élite et durant lesquelles les protagonistes doivent revenir avec quelque chose.

BP : Du petit gibier est en effet élevé pour repeupler les plaines et est parfois tiré par les chasseurs. Mais il doit toujours être lâché dans des endroits réaménagés, où il y a eu un effort pour restaurer le biotope. De plus, la loi interdit le lâcher le jour même de la chasse. Pour les chasseurs, cette pratique sert de motivation à l’entretien des plaines. Sans cela, elles ne seront plus entretenues.

Y a-t-il un danger pour les promeneurs en saison de chasse ?

HM : Oui. Les chasseurs se sont appropriés l’espace public durant la saison. Ils privatisent l’accès aux forêts et insécurisent les sentiers. Nous plaidons donc pour une interdiction de chasse les dimanches et jours fériés.

BP : Je comprends la déception des promeneurs qui se retrouvent en pleine balade devant un chemin fermé. Mais si on regarde bien, chaque territoire de chasse est en moyenne fermé trois jours par an. Ce n’est pas beaucoup. Cela fait longtemps que nous demandons à la Région wallonne la mise en place d’un site internet qui avertirait les promeneurs des chemins barrés durant la saison de chasse. Les chasseurs préviennent de leur itinéraire à l’avance. Il suffirait donc de lier nos données et les cartographies de la Région. Ce serait une première piste de dialogue.

La chasse implique-t-elle une notion de plaisir dans le fait de tuer ?

HM : Il est évident que beaucoup de chasseurs tuent pour le plaisir, notamment durant les chasses d’affaires.

BP : L’acte de tirer ne représente qu’une fraction de seconde dans l’activité du chasseur, rien par rapport au temps qu’il passe à observer. Ensuite, nous devons faire en sorte de ne pas déranger l’animal, qu’il ne sache jamais qu’un coup de carabine a été donné. Nous partageons avec les naturalistes l’amour de la nature. Personnellement, je suis photographe animalier. J’estime que c’est le même processus.

Les balles en plomb polluent-elles les sols ?

HM : L’interdiction des balles en plomb, particulièrement pour le petit gibier, est l’une des mesures que nous soutenons. Il faut trouver une alternative car en effet, les sols doivent l’absorber. (La Ligue Royale belge pour la protection des oiseaux rappelait en février que ce sont chaque année plus de 40 000 tonnes de plomb qui stagnent dans les forêts européennes, ndlr).

BP : Nous utilisons des balles en plomb car ce sont celles qui ont la plus grande onde de choc sur le corps de l’animal. La mort est donc censée être instantanée. Les alternatives ont une densité moins importante et tuent moins vite. Les technologies évoluant, on trouvera peut-être une solution plus écologique avec le même impact.

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