Pourquoi il faut opter pour l’accroissement du congé paternité

Plus d'égalité entre les hommes et les femmes. Moins de discrimination à l'embauche. L'allongement du congé paternité ne semble réunir que des avantages.

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Cela fait déjà plusieurs années que le PS demande une augmentation du congé maternité et paternité. À la veille de la journée des femmes de 2016, le PS déposait sept propositions pour améliorer l’égalité des sexes. Trois ans plus tard, les socialistes n’ont pas abandonné l’idée. Le parti de Di Rupo souhaite un congé paternité obligatoire de 20 jours. Actuellement, le parent qui ne porte pas l’enfant a le droit de prendre 10 jours ouvrables pour s’occuper de son nouveau-né. Mais il n’y est pas obligé. Du côté des autres partis politiques, MR, cdH, Défi et Écolo préconisent l’augmentation du nombre de jours de congé, mais tous ne soulignent pas la nécessité de le rendre obligatoire. Pourtant, pour la Ligue des Familles et l’asbl Femmes de droit, obliger les papas ou les co-mamans à prendre un congé éliminerait certaines inégalités hommes-femmes.

« Selon plusieurs enquêtes, tous les pères ne prennent pas de congé paternel. Soit parce qu’ils ne sont pas suffisamment informés, soit parce qu’ils se sentent prisonniers de l’entreprise pour laquelle ils travaillent« , explique Lola Galer, chargée d’études au service d’action politique de la Ligue des familles. « Aujourd’hui, ce sont toujours les femmes qui portent le risque professionnel de la maternité. Elles restent de potentielles mères, qu’elles veuillent des enfants ou non. Il faut répartir ce risque. » Un congé parental équitable agirait donc comme un rempart contre la discrimination à l’embauche.

Mais ce n’est pas tout. Cette égalité diminuerait aussi la charge mentale – principe sociologique selon lequel la gestion quotidienne du foyer incomberait davantage aux femmes et les submergerait. « Vu que la maman qui est à la maison avec son bébé, c’est elle qui est chargée de gérer les rendez-vous médicaux de l’enfant ou l’inscription à la crèche« , détaille Miriam Ben Jattou de l’asbl Femmes de droit. Ces inégalités perdurent une fois le congé maternité terminé et les mères prennent la mauvaise habitude de tout gérer, même quand elles reprennent le travail.

L’augmentation et l’obligation d’un congé paternel contribuerait aussi au bien-être familial et au bon développement de l’enfant. Les pères et les co-mamans s’impliqueront donc davantage dans l’éducation de l’enfant tout au long de celle-ci s’ils sont présents dès les premiers jours. « Pendant neuf mois, la mère développe un lien privilégié avec l’enfant qu’elle attend. La meilleure façon pour l’autre conjoint de créer également un lien est de s’en occuper directement après la naissance« , appuie Miriam Ben Jattou. Elle ajoute que selon de récentes recherches, le pire moment pour introduire un enfant dans une collectivité se situe autour du troisième ou quatrième mois. Âge auquel la plupart des enfants entrent à la crèche…

La paternité évolue

Au niveau européen, une récente directive – intitulée work life balance – ne rend pas le congé paternel obligatoire mais exige qu’il implique une « rémunération satisfaisante ». Une notion floue qui prend peu de risques et ne contraint en rien les employeurs. Pourtant, la paternité évolue et l’image de l’homme « qui rentre chez lui, met ses pieds sous la table, ouvre son journal et fume sa pipe« , comme le caricature avec humour Miriam Ben Jattou, n’existe plus. « Cette image ne correspond plus à ce que les pères veulent. Aujourd’hui, ils souhaitent s’impliquer et soutenir leur compagne« . Et le baromètre publié par la Ligue des familles en 2018 l’atteste : 65% des pères sont favorables à un congé de paternité obligatoire et 60% désirent qu’il soit aussi long que celui des mères.

Tant pour la Ligue des familles que pour l’asbl Femmes de droit, le congé paternité doit être obligatoire, égal à celui des mères et, idéalement, prolongé. « Y arriver progressivement n’est pas un problème.« , détaille Lola Galer. Celui-ci devra également être correctement payé pour que la pression financière ne pousse pas les parents à reprendre le chemin du travail alors qu’ils n’y sont pas prêts. Pour une fois, tous les partis politiques abondent plus ou moins dans le même sens. Qu’attendons-nous ?

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