Le salaire et le CDI n’intéressent plus les jeunes

En quête de sens, les chercheurs d'emploi n'ont jamais été aussi exigeants. Cela rend le recrutement plus complexe que jamais. Pour dégoter des talents fiables, les patrons demandent du coup à leurs employés de leur suggérer des candidats. En général, ça fonctionne.

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Ces dernières années, le marché de l’emploi s’est métamorphosé. Les jeunes ne sont plus à la recherche d’un job pour faire carrière durant 40 ans et le salaire n’est plus si important à leurs yeux, à condition évidemment de rester dans les limites du raisonnable. « Il reste évidemment une motivation, mais une moindre motivation pour la plupart, explique l’executive director du bureau de recrutement Michael Page Grégory Renardy. Ils ne cherchent, en moyenne, plus forcément un contrat à durée indéterminée. C’est la génération du zapping qui n’est pas en demande d’une grande stabilité. Les candidats veulent accomplir des missions, pas trouver un job. »

Les horaires ont également été bouleversés. Une enquête menée par Acerta démontre que 6 employeurs sur 10 ne sont plus à cheval sur le 9h-17h. Ils laissent plus de libertés aux travailleurs. Pas de soucis, notamment, de les voir travailler un peu moins une semaine, s’ils restent plus longtemps au bureau la suivante. Lors des journées de télétravail, les horaires sont encore plus souples. « Nous constatons que la prestation du télétravail occasionnel, à la demande du travailleur et justifiée par la force majeure ou pour des raisons personnelles, a donné un élan général à l’entreprise, commente le juriste d’Acerta Olivier Marcq,. Le fait que le contenu du travail a changé, que la mobilité reste un problème… tout cela influence la façon dont nous regardons le travail et les horaires. »

Pistonner ses potes

Dans ce nouveau contexte, trouver le bon employé est plus complexe que jamais pour les patrons. Surtout lorsqu’on sait que les chercheurs d’emploi veulent un job qui répond à leurs valeurs, et n’hésiteront pas à le quitter très vite s’ils n’en sont pas satisfaits. Renardy confirme: « Les travailleurs sont en quête de sens. Avant d’accepter une mission, ils vont poser des questions. Par exemple, que fait l’employeur pour le réchauffement climatique? »

Selon l’étude de Michael Page, 36 % des entreprises passeraient par leurs employés pour recruter de nouveaux talents. « Cette méthode permet de s’assurer que les valeurs recherchées correspondent aux valeurs de l’entreprise. Cela est difficile à examiner lors d’un entretien d’embauche, contrairement aux compétences techniques, poursuit Grégory Renardy. Aujourd’hui, on n’est plus dans une situation où le chercheur d’emploi est en position inférieure par rapport à l’employeur potentiel. Le candidat fait son marché. »

Les managers doivent s’adapter

Cette nouvelle façon de faire a bouleversé le job de manager qui doit jouer la prudence, même si dans la majorité des cas la démarche semble plutôt bien fonctionner. Lorsque le candidat suggéré par un travailleur ne correspond finalement pas, des tensions peuvent en effet apparaître. « L’employeur ne doit pas en vouloir à l’employé de lui avoir présenté un mauvais candidat. Parfois, l’inverse se produit aussi. Le travailleur peut mal le prendre si c’est un ami. C’est un risque. »  Le patron doit en plus gérer les différences de vision entre les jeunes et les personnes en fin de carrière. Le directeur de Michael Page termine: « Les générations ne se comprennent pas toujours. Les managers ne saisissent parfois pas bien la nouvelle garde. Ils doivent s’adapter, ne pas leur demander les mêmes sacrifices. »

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