D’où vient « QAnon », le mouvement complotiste qui investit les meetings de Donald Trump ?

Ils se baladent de forum en forum pour répandre leurs théories complotistes anti-démocrates. Et leur communauté, qui voit Trump comme un sauveur, gagne doucement du terrain.

©Belga

WWG1WGA. L’acronyme est barbare et s’affiche mystérieusement aux meetings de Donald Trump depuis quelques mois. Tant que les médias américains ont fini par s’intéresser à la signification de ce message intriguant et à ses origines. Niveau sémantique, rien de vraiment foufou finalement : « Where we go one, we go all » (soit « Où l’un va, nous allons tous »). Par contre, le mouvement en lui-même est fascinant. Sous le pseudonyme QAnon, il s’immisce dans les sous-sols d’internet pour recruter ses adeptes. Proches de l’extrême droite américaine, les membres de QAnon prêchent leur théorie du complot aux quatre coins du pays. D’une poignée d’adhérents il y a deux ans, la communauté s’est rapidement développée pour atteindre plusieurs dizaines de milliers actuellement.

Mais comment les QAnon sont-ils nés ? Tout débute en octobre 2017. Un internaute, se faisant appeler Q Clearance Patriot, annonce posséder des informations qui pourraient ébranler l’establishment américain. Q pour la lettre qui désigne l’habilitation aux secrets défenses aux States, Anon pour Anonyme. Sur 4chan (évidemment), l’internaute crée le fil de discussion « The calm before the storm« . Prétendant faire partie de la haute diplomatie, il sème des indices sur les révélations qu’il s’apprêterait à faire, laissant ses adeptes jouer aux détectives.

Du web aux meetings

Rapidement se dégage une théorie anti-démocrate. Barack Obama, Hillary Clinton, le milliardaire George Soros et plusieurs vedettes du cinéma hollywoodien tireraient les ficelles d’un vaste réseau pédophile et satanique. Un trafic d’enfants dont le sauveur ne serait autre que… Donald Trump. Débattre et enquêter devient la passion des QAnon, qui vont jusqu’à voir dans le rapport de Robert Mueller, analysant l’influence russe sur les dernières présidentielles, un moyen de débusquer secrètement le soi-disant réseau pédophile démocrate.

Appuyée par des pointures du complotisme américain, comme Alex Jones ou Sean Hannity, et par l’actrice Roseanne Barr, fervente supportrice de Donald Trump, la communauté gagne du terrain. En août 2018, elle quitte le monde virtuel pour la première fois et des Q commencent à fleurir ci et là durant les meetings du président. Si officiellement, elles assurent condamner « tout groupe qui incite à la violence », les autorités américaines ont jusqu’ici été plutôt clémentes avec une organisation que certains experts appellent à considérer comme terroriste. Il faut dire que QAnon combat tout ce que Trump et son entourage ont l’habitude de dénigrer, de l’establishment aux médias traditionnels. Et on connait le goût du président pour la désinformation. Ce n’est pas un petit complot l’érigeant en héros de la nation qui va l’émouvoir.

L’influence de la communauté QAnon reste encore principalement cantonnée aux membres des forums Internet. Mais il est difficile de nier son expansion. Ses théories ont d’ailleurs passé l’Atlantique et contaminent aujourd’hui doucement les pages Facebook européennes, notamment en France. Reste à guetter les Q qui apparaitront en marge des meetings de Donald Trump d’ici les prochaines élections présidentielles en 2020.

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