Pourquoi Michel Lelièvre doit sortir de prison

Le complice de Marc Dutroux devrait bientôt être libéré, malgré l'opposition de l'opinion publique. C'est probablement une bonne chose, si on veut pouvoir le surveiller le plus longtemps possible.

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La décision émeut forcément l’opinion publique. Sur décision du Tribunal de l’application des peines (TAP), Michel Lelièvre pourra bientôt sortir de prison, sans bracelet électronique. Pour cela, il doit respecter une série de conditions (trouver un logement dans les 6 mois, ne pas consommer d’alcool et de stupéfiant, ne pas commettre d’infraction, donner suite aux convocations du ministère public, etc.). Daniel Bauweraerts et Samantha Joris, déjà dans les rues lors de la marche blanche de 1996, ont décidé de s’opposer à cette libération conditionnelle en organisant le 20 octobre prochain une « marche noire ». “Pour les victimes, pour nos enfants, nous ne voulons pas que Michel Lelièvre et encore moins Marc Dutroux retrouvent un jour la liberté. Ils ne le méritent pas, leur place n’est plus dans la société. Qui voudrait de ces monstres comme voisin ?”, ont-ils exprimé dans la presse. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à avoir également exprimé leur mécontentement. 

La libération de Michel Lelièvre semble pourtant être une décision pleine de bon sens. Il a été condamné en juin 2004 à 25 ans de prison. Or cela fait déjà 23 ans qu’il se trouve derrière les barreaux. Si la Justice ne réagit pas, il sera libéré en 2021, sans avoir de compte à rendre. « Chaque année, une centaine de personnes vont à bout de peine. Le jour où celle-ci est purgée, il n’y a plus aucun contrôle judiciaire », rappelle la professeure de procédure pénale à l’UCLouvain Marie-Aude Beernaert. L’opinion publique s’émeut qu’un condamné soit libéré sous conditions. Mais c’est le signe que tout va bien! »

Le libérer pour mieux le surveiller

Les prisonniers ont évidemment le choix de demander une libération conditionnelle ou non. « Lorsqu’elle est accordée, le condamné doit répondre à un délai d’épreuves. Dans le cadre des peines de plus de 5 ans, ce délai n’est jamais inférieur à 5 ans. Dans le cadre d’une peine de 30 ans ou à perpétuité, il est de 10 ans. » S’il sort aujourd’hui, Michel Lelièvre sera donc encore surveillé pendant 5 ans. S’il décide de rester en prison, il ne le sera plus que deux ans. « L’opinion publique a du mal à comprendre cela, mais c’est une protection de la société d’agir comme ça », poursuit Marie-Aude Beernaert.

Sa collègue criminologue Marie-Sophie Devresse ajoute: « D’un point de vue statistique, plus un individu est libéré tôt, moins il risque de récidiver. C’est logique, car plus on libère tôt, plus tôt les criminels entrent dans des programmes de suivi et de réinsertion. Tirer un détenu jusqu’à la fin de sa peine n’a jamais amené quoi que ce soit d’intéressant. »

Les victimes ont leur mot à dire

Bien sûr, pour les victimes, une telle libération n’est jamais facile à vivre. C’est pourquoi elles peuvent si elles le souhaitent s’impliquer dans la décision de justice. Elles n’ont évidemment pas la possibilité de mettre un véto sur une libération. Elles peuvent tout de même faire certaines demandes particulières, comme empêcher le coupable de résider près de chez elles. Comme c’est ici le cas, Michel Lelièvre étant interdit de se domicilier en Brabant Flamand, Hainaut, Liège et Luxembourg ainsi qu’à St Gilles, Ixelles et plusieurs rues de Bruxelles.

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