La Flandre fait du migrant un profiteur

Le volet migratoire de l’accord flamand dessine l’image d’un migrant profiteur et qui fait peur. C’est peut-être aussi une façon de vouloir envoyer les demandeurs d’asile plutôt vers les francophones. Choquant.

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La politique migratoire est un point ultra sensible. C’est celui a fait tellement mal en décembre 2018 qu’il a entraîné la chute du gouvernement de Charles Michel. Souvenez-vous du pacte migratoire tristement rebaptisé “pacte de Marrakech”. La Flandre, sous l’impulsion évidente des nationalistes talonnés par le Vlaams Belang, vient-elle de prendre sa revanche en adoptant une série de mesures restrictives ? C’est le sentiment qu’on peut avoir.

Un afflux vers Bruxelles et la Wallonie?

“Le message général, c’est: “ venez moins chez nous. Allez plutôt à Bruxelles ou en Wallonie où les accès aux allocations sont moins restrictifs””, dénonce Youri Vertongen, expert au centre de recherche en sciences politiques (Crespo) à l’université Saint-Louis-Bruxelles. On peut se demander à ce stade si ces mesures ne vont pas faire fuir les demandeurs d’asile côté francophone même si la Flandre garde l’avantage d’offrir beaucoup plus de possibilités de trouver un emploi. Énormément de demandeurs se tournent d’ailleurs aujourd’hui vers le nord du pays pour cette raison. Vont-ils en être dissuadés ?

« Outre que tout ça semble très inspiré par le Vlaams Belang, cela pose en effet un problème de loyauté fédérale. Ces mesures risquent de provoquer un afflux de migrants vers les deux autres régions du pays. Non seulement, c’est scandaleux mais en plus cela se fait sans concertation », tonne François De Smet, député Défi et ancien directeur de Myria, le centre fédéral migration.

Bienvenue en Flandre

Le volet consacré aux questions migratoires dans l’accord flamand noué entre la N-VA, l’Open-VLD et le CD&V impose un sévère durcissement. Les conditions d’accès aux avantages sociaux seront plus sévères pour les nouveaux arrivants. Pour accéder à un logement social ou à la caisse de protection sociale flamande, il faudra attester de 10 ans de séjour, dont 5 en continu. Les candidats demandeurs d’asile ne pourront plus bénéficier des allocations familiales rétrospectivement comme c’est le cas à présent. Il reste toutefois à vérifier la légalité de cette disposition en regard de la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Les exigences concernant la connaissance du néerlandais seront plus élevées. Le parcours d’intégration devient obligatoire, avec des sanctions possibles.

Le migrant est envisagé sous l’angle de la peur.

Est-ce bien légal ?

Youri Vertongen pointe en particulier l’abandon de la rétroactivité des allocations alors que les demandes d’asile s’éternisent parfois des années. “Cela coûte très cher à l’État. En décidant cela, la Flandre enlève en fait de la pression sur l’échelon fédéral”, examine Youri Vertongen. Mais on peut s’interroger sur la légalité de la mesure. Le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) examine pour le moment le cas de figure par rapport à la Convention de Genève qui garantit les droits des réfugiés. On attend sa réponse.

Le migrant “ce profiteur”

“Ne permettre l’accès au logement social qu’après dix ans, c’est un message fort. Le gouvernement flamand fait du migrant quelqu’un qui coûte cher et qui est seulement là pour gratter les deniers des allocations. La question migratoire n’est pas vue comme une responsabilité d’un État mais comme un poids. C’est comme si ces personnes ne venaient pas pour trouver une protection ou ne sont pas une plus-value alors que cet aspect a été démontré comme en Allemagne récemment. Le migrant est envisagé sous l’angle de la peur”, analyse Youri Vertongen. Et il enfonce le clou : “cet accord a voulu donner des gages au Vlaams Belang ». Théo Francken, le monsieur anti migration de la N-VA, en tête?

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