La fin de l’obligation de vote favoriserait la droite

La Flandre a décidé de supprimer l'obligation de vote à l'échelon communal. Cela pourrait inciter les électeurs les plus défavorisés à rester chez eux les jours de scrutin et mettre les partis de gauche en difficulté.

belgaimage-150508858-full

C’est une révolution. En Flandre, le nouveau gouvernement Jambon 1er a inscrit la suppression de l’obligation de vote aux élections communales et provinciales à l’agenda politique. Rien ne laisse à ce stade penser que la Wallonie et Bruxelles pourraient suivre. « Ce choix est paradoxal, car la majorité justifie sa décision par la lutte contre le Vlaams Belang. Or c’est justement pour empêcher le vote des extrêmes que l’obligation a été instaurée, rappelle la politologue de l’ULB Caroline Close. Pour la N-VA et l’Open VLD, la décision fait donc sens. Elle est plus énigmatique du côté du CD&V, aussi dans la majorité. On peut penser que le parti a dû céder sur cette question, au profit d’autres exigences. »

En Belgique, l’obligation de se rendre aux urnes lors de chaque scrutin date de 1893, au moment de la première révision de la Constitution. L’objectif était à l’époque de lutter contre un taux d’absentéisme conséquent (65 % en 1855!) en redonnant la voix au peuple, mais aussi de redéfinir les rapports de force entre les partis. « Les socialistes y voyaient un moyen d’attirer les personnes socialement défavorisées et moins éduquées. De leur coté, les catholiques voulaient envoyer aux urnes les ruraux, par nature plus conservateurs. Pour les libéraux, c’était une manière d’empêcher les partis extrémistes de grandir. L’idée de contrer les « révolutionnaires », à l’époque les socialistes et communistes, était partagée par les catholiques aussi », continue-t-elle. Depuis, le caractère obligatoire du vote a souvent été remis en cause. Dans les faits, il est déjà pratiquement facultatif puisque aucun citoyen n’a été sanctionné pour être resté dans son canapé un dimanche depuis 2003. Si les opposants du scrutin obligatoire se font entendre avant chaque période électorale, il n’y a jamais eu de consensus pour y parvenir. « La Volksunie, l’ancêtre de la N-VA, l’avait déjà dans son programme dans les années 70. Le VLD De Guy Verhofstadt a aussi mis le débat sur la table afin de repenser la démocratie et les libertés. »

La gauche perdante

Diverses études menées en Belgique et dans le monde confirment. Selon une enquête menée par le consortium PartiRep en 2014, si le vote devenait facultatif le PS perdrait des plumes au profit des libéraux et des écologistes. Caroline Close poursuit: « Dans nos enquêtes, on pose la question de savoir si les sondés voteraient s’ils n’étaient pas obligés. On ne peut pas être certains de l’impact réel. Mais on peut estimer que le SP.A. et le CD&V perdraient un peu, car les électeurs défavorisés votent surtout pour eux, ou pour des partis radicaux. D’après des analyses pré-liminaires de données collectées en 2019, on peut estimer que le Vlaams Belang perdrait quelques points si, hypothétiquement, le vote était facultatif. Mais pas au point de perdre son statut de second parti de Flandre. La N-VA, elle, pourrait légèrement progresser. » Aux États-Unis, une autre enquête menée entre 2000 et 2004 démontre que ce changement de législation n’aurait aucun impact sur les élections locales et étatiques, mais bien lors des présidentielles. Une fois de plus, la gauche en sortirait gagnante. Les Démocrates seraient en effet « légèrement » avantagés par les abstentionnistes grâce à la diversité culturelle et ethnique américaine. Les personnes d’origine étrangère faisant moins confiance aux Républicains. Une recherche menée en Autriche conclut sur les mêmes résultats.

Les partis devraient redoubler d’effort

Pour la chercheuse, cela pourrait par ailleurs changer les campagnes électorales. Elle termine : « la fin de l’obligation de vote pourrait relancer la fonction de socialisation et d’éducation des partis. Ils devraient travailler dur pour aller chercher des électeurs essentiels: les plus défavorisés. Ça demanderait de l’énergie pour les partis qui font leur voix chez ces populations. La droite pourrait également prétendre à leurs voix… Le combat serait plus rude. » Ou, au contraire, on verrait se développer des campagnes et des programmes uniquement destinés à convaincre les électeurs les plus enclins à voter, ce qui risquerait de nourrir le sentiment de manque de représentativité et de légitimité de la classe politique. 

Sur le même sujet
Plus d'actualité