La cause environnementale est-elle une affaire de femmes ?

Greta Thunberg, Anuna De Wever et Adélaïde Charlier : trois des figures les plus connues chez nous parmi les grévistes pour le climat sont des jeunes femmes. Est-ce un hasard ?

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Autant le dire tout de suite, il est impossible pour nous d’affirmer que les femmes sont plus sensibles que les hommes à la cause climatique. Certains le pensent toutefois. À l’instar de la philosophe française Emilie Hache, qui est par ailleurs maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre. Celle-ci l’indiquait en mars dernier dans Libération, avançant deux arguments. « Parce que les femmes sont les premières touchées: elles font partie des personnes les plus pauvres, ce sont elles qui s’occupent des personnes les plus vulnérables, comme les enfants et les personnes âgées, elles forment le gros des agriculteurs dans le monde », expliquait-elle. « Outre ces raisons matérielles, il y a une dimension culturelle à cela : les femmes sont socialisées différemment des hommes. L’envers positif de notre identification avec la nature est peut-être que nous sommes moins coupées du monde naturel ». Emilie Hache évoque aussi Vandana Shiva, une jeune Indienne en pointe sur les questions écologiques, pour constater que cette lutte féminine en faveur du climat transcende bel et bien la question Nord-Sud.

Un phénomène plus global

Le professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain Vincent Yzerbyt doute fortement en revanche que les femmes soient davantage sensibles sur la question climatique que les hommes. Le chercheur trouve même quelque peu dérangeant de faire une telle affirmation. Il constate évidemment qu’un certain nombre de jeunes leaders d’opinions en matière de lutte environnementale sont des jeunes femmes. Mais n’est-ce pas le cas dans d’autres domaines finalement ? « Je pense que la société évolue et qu’il y a une importance plus grande accordée aux femmes et que celles-ci prennent davantage leur place. On n’est plus étonné que ce soit des femmes qui portent un combat. Enfin, les réactions virulentes d’une certaine partie de la population montrent qu’il reste du chemin à accomplir. Mais en 68, les leaders étaient principalement des hommes comme Daniel Cohn-Bendit », explique Vincent Yzerbyt. « Ici, on voit que cela évolue. Il y a aussi eu les deux capitaines qui ont défié Salvini (en débarquant en Italie des migrants malgré l’interdiction, NDLR.), la pakistanaise Malala Yousafzai (militante des droits des femmes et prix Nobel 2014, NDLR.) et la Saoudienne emprisonnée depuis 500 jours (la militante des droits des femmes Loujayn Al Hathloul détenue dans son pays sans motif d’inculpation ni charge précise, NDLR.) ».

Les jeunes veulent bouger l’ordre établi et c’est évidemment encore plus transgressif quand il s’agit de jeunes femmes. « Il y a quelque chose d’une transgression plus marquée. Le discours que Greta a fait aux Nations Unies, avec cette colère exprimée, c’est très transgressif pour une femme. Elles sont censées rentrer encore davantage dans les rangs que les autres, ne pas être en colère. Une partie des réactions, surtout venant d’hommes, montre toutefois qu’il y a aussi encore un chemin à accomplir », ajoute Vincent Yzerbyt. 

La continuité des campagnes #MeToo?

Les femmes prennent toujours plus leur place au sein de la société en devenant leaders de différentes causes à mener. On ne dit pas autre chose chez Inter-Environnement Wallonie. « On est vraiment là dans une question de société qui va bien au-delà des questions climatiques. On voit clairement ça dans la continuité du réveil du féminisme et des campagnes #MeToo. C’est évident que ça s’inscrit là-dedans », explique son responsable politique Arnaud Collignon. « Et comme les questions climatique et environnementale sont vraiment les grosses questions qui mobilisent aujourd’hui les jeunes, il est évident que c’est dans ces questions qu’on va retrouver cette évolution. J’imagine qu’on va retrouver de plus en plus de leaders d’opinion qui sont des jeunes femmes dans d’autres causes que le climat ». Il enfonce le clou: non, les enquêtes d’opinions indiquent que les femmes ne sont pas plus sensibilisées aux questions environnementales.

« Je pense vraiment que c’est un signe des temps et que c’est quelque chose de plus global. On en rediscute dans dix ans. On verra alors si dans d’autres thématiques dans lesquelles les jeunes sont concernées, on voit aussi émerger des femmes leaders d’opinion. Je pense que ce sera le cas », conclut Arnaud Collignon. 

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