Jessye Norman quitte la scène

Star internationale, diva à l'aura sublime, la soprano américaine est morte des suites d'une septicémie. Elle avait 74 ans.

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Avec une image et une interprétation de La Marseillaise, Jessye Norman a fait beaucoup plus pour la démocratisation de l’opéra que des années de politique culturelle. En 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, drapée d’une spectaculaire robe d’Azzedine Alaïa aux couleurs de la République, mise en scène par Jean-Paul Goude qui en fait un totem  majestueux – Jessye Norman chante et le monde se tait.

C’est par cette performance, retransmise en direct à la télévision devant des millions de télésectateurs, qu’elle offre au public l’un des plus efficaces marchepieds au chant lyrique. Depuis, du haut de sa stature de star, la cantatrice avait multiplié les occasions d’ouvrir les portes de son art, jusqu’à fonder une école pour les plus démunis dans sa ville natale – Augusta en Georgie où, enfant, elle découvre le chant par la pratique des spirituals.

Après des études à l’université Howard et au conservatoire de Baltimore, à 24 ans, elle voyage rapidement en Europe où elle tisse des liens forts – la preuve par son attachement pour la France dont elle explore le répertoire des grands compositeurs avec gourmandise, imposant un style personnel et moderne. La musique allemande est sa deuxième spécialité (son interprétation de Wagner est considérée comme bouleversante) et l’aide à consolider son image de diva à la personnalité imposante.

Engagée, à l’écoute du mouvement du monde, décorée par Barack Obama en 2009, la soprano se distingue encore par des spectacles contemporains à travers lesquels elle exprime ses convictions. En 2000, elle accepte la commande du Carnegie Hall et sert un magistral récital à forte coloration féministe composé à partir de textes de Toni Morrison, Maya Angelou – autrices et militantes afro-américaines – et Clarissa Pinkola Estès – psychanalyste et poétesse mexicaine. Plus discrète ces dernières années, elle laisse l’emprunte d’une artiste sublime et sublimée, le souvenir d’une femme qui a su imposer son univers dans un milieu cadenassé par les stéréotypes et les préjugés.

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