« La N-VA est plus à droite en 2019 qu’en 2014 »

Le gouvernement Jambon Ier est arrivé. Entre laisser-faire budgétaire et durcissement migratoire, la Flandre démontre qu’elle n’a jamais autant fait ce qui lui plaît. Analyse.

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On a pris les mêmes mais on n’a pas recommencé. La N-VA, l’Open VLD et le CD&V sont repartis pour un tour. Mais cette fois, par rapport à 2014, la Flandre plante sa coalition clairement à droite avec de forts accents nationalistes. Pour y arriver, le trio de “perdants aux dernières élections” (ils ont tous les trois reculé au dernier scrutin) a une confortable majorité de 70 sièges sur 124. Ils ont ensemble concocté un programme que l’on sent, à plusieurs égards, poussé dans le dos par le score de l’extrême droite. “Ce programme de gouvernement n’est pas seulement une réponse au Vlaams Belang. La N-VA est en 2019 plus à droite qu’en 2014. On observe aussi une évolution au sein même de la N-VA avec quelqu’un comme Theo Francken qui a fait un très bon score électoral et qui a pris de l’influence”, analyse Dave Sinardet, politologue à la VUB.

Durcissements

Le durcissement de la politique migratoire est clairement une victoire de la N-VA face au CD&V et à l’Open VLD pour qui ce n’était pas la plus grande des priorités. On revient à la défense de l’intérêt flamand. Un “canon flamand” va bel et bien voir le jour. Les nouveaux arrivants devront se préparer à apprendre une liste de références culturelles et intellectuelles qu’on enseignera aussi à l’école. Pour le mettre au point, des “experts indépendants” seront sollicités. “La N-VA s’est redécouverte nationaliste. Ils avaient un peu laissé tomber ça. C’est un retour à leur ligne des années 90”, explique Dave Sinardet.

Modernisation

L’Open VLD a imposé aussi sa marque de fabrique en termes de modernisation du système. Cela se marque au niveau de la démocratie locale avec l’élection  directe du bourgmestre comme c’est déjà le cas en Wallonie. Mais aussi avec la suppression – en Flandre uniquement – de l’obligation de vote aux communales et provinciales : l’idée est sûrement de se passer d’une série d’électeurs qui n’en ont rien à cirer de la politique et votent pour cette raison Vlaams Belang. Sur plusieurs points, l’accord de Jambon Ier s’inspire de ce qui se fait à Bruxelles ou en Wallonie. À cet égard, le parti pris budgétaire similaire au gouvernement Di Rupo est évident. Il n’y aura pas de nouvelles taxes et le budget devrait encore s’enfoncer dans le rouge. Le retour à l’équilibre n’est pas prévu avant 2021.

La suite au fédéral

Tout ça bouscule et peut choquer du  côté francophone. Cela montre en tout cas combien un certain confédéralisme est déjà à l’œuvre. Il permet à chaque Région d’avoir les coudées franches pour imposer ses propres idées et politiques. La vraie question est de savoir à présent si cet accord musclé à droite et dopé au nationalisme va rendre plus difficile encore la formation d’un gouvernement fédéral. “Cela ne va pas le faciliter en tout cas”, conclut Dave Sinardet

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