Hausse du niveau de la mer : une menace existentielle pour la Flandre

La communauté scientifique souligne l’accélération de la montée des eaux. Au-delà des villes et régions côtières qui risquent de disparaître, la fonte des glaces menace plus la stabilité du climat et les écosystèmes essentiels à l’humanité.

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Près de 7.000 rapports scientifiques sous la loupe d’une centaine d’experts du monde entier: la rigueur du rapport spécial du Giec sur les océans et les glaces peut difficilement être remise en question. Voilà pourquoi les conclusions présentées ce mercredi font froid dans le dos. Il est question une nouvelle fois du dérèglement climatique. Avec cette fois-ci, un focus sur la cryosphère, c’est-à-dire les parties du globe couvertes de glace. Résultat de la dilatation des océans et de la fonte des glaciers, la montée des eaux fait aussi partie des sujets étudiés. Et la situation s’avère (encore) plus grave que prévu. Dans le scénario le moins dramatique, le hausse du niveau des océans devrait monter d’ici 2100 de 30 à 60 cm. On parle ici d’un scénario qui prévoit une forte réduction des gaz à effet de serre et une limitation du réchauffement mondial nettement sous la barre des 2°C. Si rien n’est fait pour freiner les émissions, la hausse en revanche de 60 à 110cm.

70 % de l’eau douce concernée 

La fonte des glaces s’accélère et rien ne vaut un exemple chiffré pour montrer l’ampleur des dégâts : la hausse du niveau des mers fut de 3,6 mm par an en moyenne sur la période 2006-2015 quand elle n’a été « que » de 15 cm sur tout le 20e siècle. Le phénomène s’explique par la disparition accélérée des glaces du Groenland, de la banquise en Antarctique, des glaciers et à la dilatation thermique des océans. Outre la montée des eaux, viennent aussi les conséquences majeures sur les écosystèmes de la planète. Avec les grandes étendues de glace de mer qui disparaissent, c’est également le système de climatisation de l’hémisphère nord qui disparait. Selon certaines projections, la glace pourrait avoir disparu dans l’océan arctique dès 2050. L’approvisionnement estival des cours d’eau sera affecté aussi affectés lourdement par la disparition progressive des glaciers. Et donc la production d’énergie, l’agriculture et l’accès à l’eau. La cryosphère stocke en effet près de 70 % de l’eau douce disponible. 

Adaptation obligatoire

La hausse du niveau des océans va frapper de plein fouet la Belgique. « En tant que pays côtier, la Belgique est très vulnérable. Avec la montée des eaux, l’écosystème côtier sera coincé entre l’érosion croissante côté mer et l’urbanisation côté terre. Le phénomène est connu sous le nom de ‘compression côtière’. Les immeubles qui longent le littoral et le paysage côtier tels que nous les connaissons aujourd’hui seront engloutis par la montée du niveau des mers », met en garde le WWF, dans un communiqué. « Pour que la côte puisse s’adapter, nous devons créer de l’espace pour la nature. La Belgique doit intensifier ses efforts pour lutter contre le changement climatique et accroître la résistance de la côte face à l’élévation du niveau de la mer. Nous devons restaurer notre défense côtière naturelle dans laquelle polders, dunes, plages et bancs de sable jouent un rôle principal« , ajoute l’association internationale de conservation de la nature. 

La côte belge se prépare

Le nord du pays se trouve inévitablement en première ligne. « C’est surtout la Flandre qui sera touchée. Nous ne pourrons pas éviter qu’une grande partie de la région flamande se retrouve sous eau. Cela n’arrivera que dans 300 ans, peut-être même plus tôt, mais cela finira par arriver« , indiquait l’an dernier le climatologue de l’UCL Jean-Pascal van Ypersele dans l’Echo. Du côté de la côte belge, les mesures pour lutter contre la montée des eaux et les tempêtes toujours plus nombreuses doivent se multiplier. Celles-ci entrent dans le cadre d’un plan directeur sur la sécurité côtière. Un plan lancé en 2011 et budgétisé à l’époque à hauteur de 300 millions d’euros. Un des derniers exemples en date : le réaménagement de la place des Héros de la mer à Ostende. Des bancs en béton en bordure de digue ont ainsi été construits comme premiers remparts contre les vagues. Le réensablement des plages pour contrer l’érosion se répète par ailleurs chaque année. D’autres projets comme des îles artificielles au large pourraient également voir le jour. 

 Sauver la statue de la Liberté

Les projets imaginés pour éviter à des villes d’être rayés de la carte se multiplient aux quatre coins de la planète. Et ce n’est pas faire injure à Coxyde et Middelkerke de constater que les échelles de grandeur s’avèrent parfois plus impressionnantes. Comme à New York par exemple où le corps des ingénieurs de l’armée américaine a déposé sur la table plusieurs projets d’envergure. Comme celui qui consiste à bâtir un barrage en partie amovible de dix kilomètres qui fermerait la baie de New York en cas d’ouragan (120 milliards de dollars). Ou comme aux Pays-Bas pour lesquels la montée des eaux représente un défi existentiel. Nos voisins ont ainsi décidé d’investir en 2015 20 milliards d’euros pour renforcer d’ici à 2050 la protection de 1.500 km de rivières et tenter de limiter les risques en cas d’inondation pour chaque habitant. 

L’Asie impactée

Reste que la principale menace se trouve en Asie. Une étude scientifique de 2015 indique que neuf des 20 villes les plus exposées au risque d’élévation du niveau de la mer sont chinoises. Shanghai, la ville la plus peuplée du pays, est située dans un vaste delta, formé par l’embouchure du fleuve Yangtsé. Parmi les pays particulièrement touchés, se trouve aussi le Bangladesh. Situé sur un immense delta, son territoire est pris en étau entre l’eau provenant de la fonte des glaciers de l’Himalaya au nord et l’océan Indien au Sud. Au total, un milliard de personnes qui vivent dans les zones côtières de basse altitude seront en danger d’ici 2050, s’alarme WWF. La nécessité de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre et se concentrer sur l’adaptation au changement climatique n’a jamais représenté un défi aussi important.

Pas sûr que tout le monde en ait pris conscience. Un glacier est en cours de destruction en Autriche dans le cadre de l’aménagement d’un domaine skiable. Pour fusionner les deux domaines de Pitztal et Ötztal, le retrait d’1,6 hectare de glace est ainsi prévu. Les exemples sont nombreux. Citons juste encore la coupe du monde de football 2022 au Qatar ou le succès croissant des véhicules SUV.

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