Sérieusement, pourquoi les hommes envoient-ils des « dick pics » ?

Une développeuse web a créé un filtre intelligent qui identifie et masque les photos de pénis envoyées sans sollicitation. Serait-ce la fin tant attendue de l'exhibitionisme en ligne?

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Avez-vous déjà reçu une photo non sollicitée d’un pénis, en érection ou non? Selon un sondage réalisé aux États-Unis, quatre femmes sur dix âgées de 18 à 36 ans ont reçu une « dick pic » sans le vouloir. Dans l’absolu, n’importe quel utilisateur de smartphone peut être exposé à des « dick pics » via les réseaux sociaux, et plus particulièrement encore ceux qui emploient un iPhone et la fonction Air-drop qui permet à n’importe qui d’envoyer des fichiers entre utilisateurs Apple à tout appareil connecté.

Le phénomène est un fléau qui énerve, choque et parfois blesse les personnes qui reçoivent ces images. Jusqu’à présent, rien ne permettait d’empêcher la propagation de ce type de comportement, considéré comme du harcèlement sexuel en ligne. Mais cela pourrait (enfin) changer. Au début du mois, après avoir reçu une énième photo obscène sur son compte Twitter, la développeuse web Kelsey Bressler est parvenue a créé un filtre intelligent capable d’empêcher plus de 95% des images sexuellement explicites d’atteindre sa boîte de réception. Pour tester le filtre, Bressler a sollicité en masse des images d’organes génitaux masculins, recevant des centaines de personnes sur le compte temporaire @ShowYoDiq, « pour la science ».

Certaines des images moins « conventionnelles » envoyées à Bressler ont glissé à travers le filtre. Un pénis, recouvert de paillettes violettes, a perturbé l’IA, qui a été formaté pour repérer les organes génitaux aux tons chair en traitant beaucoup de porno. Mais lorsqu’il s’agit d’appendices réguliers, le filtre les identifie et les supprime avant que le destinataire ne le voit. Alleluia! Mais si c’était possible, pourquoi les réseaux sociaux et autres géants du web n’ont jamais développé de technologie similaire pour protéger leurs utilisateurs et utilisatrices ? Bonne question. Mais le problème fondamental, c’est le besoin qu’ont des hommes à envoyer des photos de leur pénis à tout va.

Exhibitionniste en trench-coat 2.0 

Les raisons qui poussent les hommes à envoyer une image de leurs organes génitaux à des gens qui ne l’ont pas demandé – procédé aussi appelé « cyberflashing  » – varient. Moya Sarner, journaliste pour le quotidien britannique The Guardian, s’est demandé ce qui poussait les hommes à « cyberflasher » des femmes. Au début de l’année, elle a donc posé la question sur Reddit et reçu plus de 500 réponses en quelques heures, avant que les modérateurs ne ferment le fil.

Parmi les réponses, certains anonymes ont expliqué ne pas avoir confiance en eux et souhaiter simplement qu’on les complimente sur leur pénis: « Je l’ai fait plusieurs fois dans le passé et je pense que c’est surtout pour avoir une validation. Bien que la plupart des hommes ne l’admettent jamais, nous ne sommes pas très sûrs de nos corps, et surtout de cette partie-là. Donc, inconsciemment, nous voulons juste que quelqu’un dise que nous sommes beaux ou attirants », confiait l’un d’entre-eux. Pour un autre, c’est plus direct: « Si la conversation avait du potentiel, mais ralentissait ou devenait ennuyeuse, j’envoyais parfois une photo de ma bite. Soit la personne cessait de m’envoyer des textos ou me bloquait, soit j’arrivais à coucher« .

Narcissime et sexisme

L’envoi de ces images a des significations différentes pour chaque homme, et des significations différentes pour un même homme à différents moments de sa vie. Pourtant, selon les chercheurs de la Kwantlen Polytechnic University au Canada, qui ont publié la première étude empirique sur le sujet cet été, le comportement est lié à des niveaux élevés de narcissisme et de sexisme. « Les hommes peuvent considérer cet acte comme un exercice de pouvoir sur les femmes. Ils peuvent trouver drôles ou satisfaisantes les réactions de leurs victimes, choquées, blessées ou énervées.« 

Sur Reddit, un ancien flasher d’une soixantaine d’années donnait son point de vue sur la pratique. Il y a dix ans, il faisait partie de ces «flashers» et compte une centaine de «dick pics» à son actif. À présent repenti, il donne son point de vue sur cette pratique : « Maintenant que je suis plus vieux, franchement, cela me semble être une combinaison d’impolitesse, de bêtise et de vide. Je me suis rendu compte que c’était offensant, une intrusion indésirable, même si c’était sur internet et sous anonymat. Même en ligne, c’est une violation à mon avis peu différente de ce que fait l’exhibitionniste de rue stéréotypé dans son trench-coat« . Tout est dit.

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