Pourquoi les négociations flamandes vous concernent aussi

Elio Di Rupo qui inspire Jan Jambon, la taxe kilométrique, Theo Francken à recaser, la sortie du nucléaire et les dossiers intégration et climat: autant de raisons de s'intéresser au futur exécutif flamand du côté francophone.

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Les négociateurs flamands entrevoient désormais la ligne d’arrivée. Plus que quelques jours avant que les habitants du nord du pays puissent voir à la télévision la première allocution de Jan Jambon (N-VA) comme ministre-président régional. L’ancien ministre de l’Intérieur se trouvera en quelque sorte à la barre d’une Suédoise bis. On parle d’une tripartite N-VA-CD&V-Open VLD, soit les mêmes partenaires flamands de l’équipe Charles Michel (MR). Les négociations s’avèrent pourtant tout sauf une partie de plaisir. Leur durée de quatre mois représente même un record. Elle dit beaucoup sur le climat politique délétère de l’autre côté linguistique.

Quelles en sont les raisons ? Et pourquoi ces discussions peuvent concerner les Francophones ? On fait le point avec deux politologues flamands, Stefaan Walgrave (Université d’Anvers) et Dave Sinardet (VUB). Commençons par le début et le plus évident : les trois partis ont perdu les élections. On parle donc d’une coalition de loosers. Et le corollaire est simple : les présidents de chaque formation en ressortent fragilisés. Or, il s’agit des négociateurs en chef. Du côté libéral et social chrétien, ils doivent même bientôt quitter leurs fonctions. Pas évident pour discuter sereinement.

Un Jan Jambon sauce Di Rupo

« On a aussi vu lors de la législature précédente qu’il y a des différences idéologiques entre ces trois partis. Elles avaient peut-être été sous-estimées initialement. Ces différences se sont encore accentuées avec le succès du Vlaams Belang, car la N-VA veut quand même donner une réponse à ces électeurs ayant voté Belang », explique Dave Sinardet. « Et puis c’était quand même un gouvernement de notaires qui n’a pas beaucoup réformé avec Bourgeois (NDLR : le précédent ministre-président Geert Bourgeois (N-VA). Ici, on veut quand même montrer que, même avec la même coalition, on ne mènera pas les mêmes politiques. La N-VA veut être plus radicale, notamment sur l’intégration. Sur les provinces et l’enseignement, il y a aussi des vraies différences. » Pour éviter les nombreux conflits survenus au sein de l’équipe de Charles Michel (MR), Jan Jambon veut par ailleurs s’inspirer… d’Elio Di Rupo. « Il veut un accord très détaillé pour éviter qu’il y ait trop d’interprétations sur des textes. Il suit ainsi un peu la méthode Di Rupo au fédéral », observe le politologue de la VUB.

Un jeu de chaise musicale ?

Bref la confiance n’est pas au beau fixe entre les futurs partenaires. Cette froideur  n’est évidemment pas anodine pour la suite des opérations au fédéral. Surtout qu’il semble qu’une des trois formations ne sera pas de la partie. Mathématiquement indispensable, le PS a déjà dit tout le mal qu’il pensait de monter dans une Suédoise bis. Le message est clair : ce sera avec le s.pa ou ça ne sera pas. Il faudra donc que le CD&V, l’Open VLD ou la N-VA libèrent leur chaise. Nos deux politologues ne croient en tout cas pas à un pacte secret flamand qui lierait le sort des trois  partis pour le fédéral. « Mais je pense que ça serait en tout cas normal et logique que les trois partis cherchent y aller ensemble. Et c’est pareil pour la coalition arc-en-ciel du côté wallon. Avec le fédéralisme belge, les compétences sont souvent dispersées, comme par exemple les politiques énergétique et environnementale. C’est difficile de diriger un pays d’un seul niveau », explique Stefaan Walgrave.

Tous dans le même bateau

Élus bruxellois et wallons liront en tout cas attentivement la future déclaration de politique régionale. À quel point l’accord sera-t-il social ? Les chômeurs devront-ils se se soumettre à un travail d’intérêt général comme évoqué dans la presse ? La taxe kilométrique fera-t-elle sa réapparition sous un autre nom? La N-VA la voulait avant de rétro-pédaler…face aux critiques du Belang. Ou encore la sortie du nucléaire aura-t-elle fait l’objet d’une négociation ? La compétence reste certes fédérale, mais la N-VA l’avait mis à un moment sur la table. « Tout lié est lié à tout en Belgique. On ne peut pas comprendre ce qui se passe au fédéral sans regarder ce qui se passe en Flandre, Wallonie ou Bruxelles. C’est un peu fictif cette histoire de fédéralisme dans laquelle chaque région a son autonomie et fait son propre truc », explique Dave Sinardet. « Politiquement tout est lié, car ce sont toujours les mêmes partis et figures actives à tous les niveaux. On l’a bien vu aussi pour les compétences. Juridiquement, chaque région peut décider d’une taxe kilométrique, mais c’est compliqué de le faire seul dans son coin. »

Ces maroquins ministériels tant convoités

La N-VA veut-elle sincèrement discuter avec le PS ou est-ce du bluff ? L’Open VLD, continuera-t-il à refuser d’aller au fédéral sans la N-VA ? Aucun observateur politique ne connaît la réponse. Même peut-être même pas les principaux intéressés! La raison d’État ne suffira peut-être pas. Mais un incitant plus cynique pourrait convaincre chaque formation de sauter le pas : les précieux maroquins ministériels. « Les partis ont différents buts : gagner les élections, réaliser leur programme et enfin aller dans les gouvernements aux niveaux de pouvoir où ils se présentent. La meilleure garantie d’être populaire c’est d’être au gouvernement », explique Stefaan Walgrave. « Beaucoup d’enquêtes le montrent : être ministre est la meilleure garantie d’aller dans les médias et aller dans les médias est la meilleure garantie pour être populaire et avoir des voix de préférence. Les médias n’auraient pas parlé autant de Theo Francken s’il n’était pas au gouvernement ». Et comme son homologue de la VUB le constate justement, de nombreux ténors de la N-VA ne seront pas de la partie au niveau flamand. « Il y a beaucoup de personnes à caser et ça crée des problèmes en interne », constate Dave Sinardet. Forte de son bon score le 26 mai dernier, l’ancienne secrétaire Zuhal Demir devrait ainsi être la seule repêchée de l’équipe fédérale.

L’inconnue Francken

Reste donc Theo Francken. Le placer au gouvernement flamand aurait mathématiquement boosté les chances de voir les nationalistes flamands au fédéral. « Le PS peut assumer une politique fédérale à la Francken car c’était déjà plus ou moins la même qu’avec Maggie De Block, mais assumer sa communication, ça me semble beaucoup plus difficile », explique l’expert de la VUB. « Si on voulait arriver à un gouvernement avec le PS, ça serait mieux de mettre Francken ministre flamand. Mais je crois aussi qu’en interne certains ont eu peur de lui donner un poste en Flandre parce que ça pouvait aussi donner des problèmes à ce niveau là ». L’homme était pourtant loin d’être hostile à passer au niveau flamand. Que du contraire. L’Enseignement l’intéressait. Les Francophones le retrouveront donc bientôt à la table des négociations fédérales. Car avec la la mise en place d’un gouvernement au nord du pays, Francophones et Flamands ne pourront plus se cacher. Le face à face débutera en même temps que le speech de Jan Jambon.

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