Le Bio ne protège pas assez les animaux

Le label européen garantit un certain nombre de règles sur le bien-être animal. Elles seraient cependant insuffisantes. Les conditions d'abattage des animaux "bios" demeurent notamment aussi mauvaises que pour l'agriculture conventionnelle.

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Les produits labélisés « Bio » doivent répondre à un cahier des charges précis en matière de bien-être animal. Dans l’Union européenne, chaque espèce doit avoir accès à un espace adapté à sa morphologie et son environnement doit lui garantir un « comportement naturel ». De plus, les animaux doivent pendant l’élevage avoir accès à un parcours extérieur dès que les conditions climatiques le permettent. Comme le rappelle Biowallonie dans ses outils de vulgarisation, les animaux d’élevages doivent en outre être nourris avec des aliments certifiés « Bio », et être soigné en priorité avec l’homéopathie et la phytothérapie.  

Écornage, castration et épointage

Les règles sont cependant relativement souples et le bien-être animal est parfois relayé au second plan par les éleveurs bios. Dans son hors-série de l’été, l’association française 60 millions de consommateurs pointe certains manquements concernant le lait, les œufs, la viande et le poisson. Sous certaines conditions en effet, l’écornage des veaux est encore autorisé en Europe, comme la castration des porcelets ou l’épointage du bec de poussins avant leur 10e jour. Dans les petites exploitations agricoles, il est par ailleurs toléré de laisser les animaux attachés toute la journée.

L’insémination artificielle reste elle légale, bien que la reproduction naturelle soit encouragée. Dans le numéro spécial, le professeur à l’École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires (Ensaia) Guido Ruchen explique que des molécules de dioxine et de PCB – des substances toxiques – « peuvent persister dans les sols des dizaines, voire des centaines d’années. Or, nos tests ont montré qu’une vache qui pâture peut ingérer jusqu’à 10 % de sa ration quotidienne sous forme de terre.« 

Transport inhumain

Les bovins sont certainement les plus négligés. Une partie d’entre eux quitteraient la filière du bio vers 8 ans pour rejoindre l’agriculture conventionnelle. Tous les efforts de bien-être animal garanti par le label tombe alors à l’eau pour la fin de vie des bêtes. Le cahier des charges bio ne donne par contre aucune indication en matière de transport. L’ONG Compassion in World Farming dénonce ainsi le fait qu’en Europe certains animaux d’élevage sont abattus à 8 heures de leur lieu d’élevage. Or ce transport s’avère particulièrement stressant et inconfortable pour les animaux. De plus, les conditions d’abattage sont exactement les mêmes que dans le conventionnel. La situation des poissons d’élevage serait à peine meilleure.

Quant aux œufs… Le label Bio prévoit qu’un poulailler ne peut contenir plus de 3.000 poules à raison de maximum 6 poules par mètre carré au sol et d’un espace extérieur de 4 mètres carrés par individu. Cependant, la législation européenne autorise des élevages complets de 24.000 poules par ferme (8 élevages différents dans une même exploitation, donc) alors que la Fédération nationale d’agriculture biologique recommande un maximum de 9.000. Bref, il y a encore bien des progrès à faire.
 

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