La Ville de Bruxelles déclare l’urgence climatique: « On a voulu ruer dans les brancards »

En parallèle du sommet crucial de l’ONU pour le climat, la Ville de Bruxelles a déclaré l’urgence climatique. Avec des mesures concrètes certes, mais déjà énoncées par la précédente législature.

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Amsterdam, Paris, et même le Royaume-Uni tout entier avaient déjà fait part de leur décision il y a quelques semaines. Et alors que les désormais furieuses chaleurs estivales ont momentanément fini d’accabler la Belgique, la Ville de Bruxelles a décidé de la proclamer elle aussi : l’urgence climatique a été déclarée ce 23 septembre à l’issue d’une Conseil communal particulièrement engagé.

« C’est un signal fort qu’envoie la capitale du pays », déclare au lendemain de cette décision historique l’Ecolo Benoit Hellings, échevin du climat à la Ville de Bruxelles. Pour la première fois de cette nouvelle législature, majorité et opposition se sont fixé un objectif commun à l’unanimité, à l’exception de l’élu N-VA : la lutte contre le changement climatique. Et du propre aveu de Hellings, « si le Conseil communal a voté cette motion, c’est parce qu’il était sous la pression des associations et des marcheurs. Ils étaient encore 15 000 la semaine dernière et quelques autres milliers ce week-end : il y a un vrai changement dans la société belge. Aujourd’hui, il y a une demande forte pour des décisions claires », explique-t-il. « Pour les associations et les citoyens qui ont déjà manifesté 21 fois dans les rues de Bruxelles, on a voulu ruer dans les brancards ».

Depuis 2016, plusieurs villes ont imposé un état d’urgence climatique, soit l’engagement à une mise en application rapide et radicale de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. La première à avoir voté un catalogue d’actions est la ville de Darebin, près de Melbourne en Australie. Mais certaines ont également été égratignées, après qu’aucune mesure spécifique n’ait vraiment été mises en action. À la Ville de Bruxelles, Benoit Hellings écarte tout de suite le seul plan de communication : « L’idée, ce n’est pas de présenter un catalogue de bonnes intentions, mais de se doter des outils qui permettent de mesurer l’état d’avancement des propositions. Il ne s’agit pas que d’urgence : il y a aussi toute une série de responsabilités climatiques qu’il nous faut endosser ».

Mobilité, canopée, durabilité

La motion, que nous avons pu consulter, reprend essentiellement l’accord fixé par la précédente législature, en la complétant sur certains points. Concrètement, la commune suit l’Union européenne dans son objectif d’atteindre au moins 32% de sources d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, et de réaliser des économies annuelles de 0,8% jusqu’en 2030 dans ce secteur.

Du côté des tronçons embouteillés — et pollués — de la capitale, la Ville de Bruxelles s’engage en faveur d’une mobilité « plus douce, intermodale et partagée, (…) promouvant un environnement favorable à la marche à pied pour les déplacements quotidiens » avec, précise la motion, « un budget à la hauteur des rénovations nécessaires ». Les véhicules diesel du parc communal seront quant à eux supprimés et remplacés par des véhicules électriques, hybrides ou roulant au gaz naturel. « Aujourd’hui, il s’agit de donner la priorité aux personnes moins valides, aux piétons, aux cyclistes, aux transports en commun ensuite, et seulement après à la voiture. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de place pour la voiture, mais que la voiture n’a plus toute la place », assume Benoit Hellings. De la même manière, « on n’imagine plus aujourd’hui un seul logement public qui soit construit ou rénové sans un espace vélo ». Le parc immobilier public est d’ailleurs visé par les mesures, qui prévoient l’utilisation de matériaux durables dans les bâtiments de la Ville, la rénovation des toitures et bâtiments pour lutter contre les dépenses inutiles en énergie, ou encore un plan « d’investissement Climat » spécialement prévu pour le secteur du logement social et moyen. Les crèches de la Ville, elles, devraient à terme être transformées en « éco-crèches ».

Benoit Hellings

Benoit Hellings à la dernière manifestation pour le climat, ce 22 septembre 2019. ©Belga Image

L’éducation à un quotidien plus vert commence ainsi tout petit, avec des repas préparés à base de produits locaux et de saison — sans augmentation du prix — par les Cuisines Bruxelloises ou encore un programme de formation au développement durable et à la protection de l’environnement dispensé dans les écoles. Les évènements publics devront désormais adopter un plan « zéro déchet » qui interdit les plastiques à usage unique, tandis que le « plan canopée » s’engage à renforcer la présence de la nature en ville pour lutter contre la pollution et diminuer les températures en cas de canicule. Une stratégie de gestion de l’eau vise en parallèle à se préparer aux ilots de chaleur et l’augmentation prévues des épisodes d’inondations. Et pour surveiller ces grands chantiers, la Ville de Bruxelles a décidé de s’associer à un panel citoyen et scientifique pour effectuer une évaluation régulière de ses avancées. 

Libéraux au créneau

L’un des grands enjeux — plutôt inattendu — de cette motion, c’est l’objectif de neutralité carbone, qui a été augmenté… à la demande des libéraux. Benoit Hellings raconte : « Durant le conseil d’hier, ce sont les libéraux qui nous ont demandé d’aller plus loin. Nous avions inscrit la neutralité carbone en 2050, comme le prévoyait le Plan Climat, mais il nous a été demandé de relever les objectifs à 2030 au-dessus des 40% auxquels la Ville s’était déjà engagée auprès de la Convention des maires pour le climat. Ce qu’on a accepté, évidemment, mais c’est inédit et ça prouve qu’il y a une vraie évolution du monde politique ». La neutralité carbone signifie concrètement que la Ville de Bruxelles s’engage à réduire au maximum ses émissions et à les compenser, par exemple, en replantant des arbres.

Les marches de ces derniers mois l’ont prouvé avec des conséquences inespérées : « Les jeunes sont plus impliqués que jamais et il est clair que cette motion est portée par ça. Mais si la Ville se déclare en urgence climatique, c’est aussi parce qu’on sait qu’elle a un pouvoir d’exemple pour l’apprentissage écologique et donc la diminution des gaz à effet de serre. Ce n’est pas la panacée, évidemment, mais si toutes les communes s’y mettent, elles se donnent en exemple à une jeune génération qui sera peut-être d’autant plus engagée ». Pour l’instant, Koekelberg et Bruxelles-ville sont les seules communes à avoir déclaré officiellement l’urgence climatique.

Greta Thunberg : « Comment osez-vous ? »

« Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non », a pourtant déclaré la jeune Greta Thunberg devant un parterre de dirigeants ce lundi, à l’ONU. Le rassemblement a pour but de mettre un coup de pression sur l’accord de Paris, avant la COP26 qui aura lieu à Glasgow fin 2020. À l’issue de cette nouvelle réunion mondiale, les gouvernements devraient proposer des mesures toujours plus radicales, dès lors que les cinq dernières années constituent la période la plus chaude jamais enregistrée selon un récent rapport de l’ONU.

« Comment osez-vous ! », a lancé Greta Thunberg à une assemblée — dont Donald Trump, le Brésil et l’Australie étaient absents. « Je ne devrais pas être là, je devrais être à l’école, de l’autre côté de l’océan (…) Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses », a-t-elle insisté. Une accusation qui s’est soldée ce lundi par la déclaration d’un état d’urgence climatique… appliqué à tout l’ONU. Malgré les critiques, la colère d’une nouvelle génération d’écologistes semble faire bouger le vieux monde.

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