La faillite de Thomas Cook, signal d’un monde qui va mal

Low-cost, Brexit et ultra-concurrence, c'est le cocktail mortel qui a empoisonné le voyagiste Thomas Cook et qui l'a mené à la faillite. Un poison qui pourrait n'en être qu'à sa première victime alors que les indicateurs économiques ne sont vraiment pas bons.

aahdxvn

Boris Jonhson, l’imprévisible, a-t-il encore frappé ? Pour le Premier ministre britannique, on le sait, le Brexit doit avoir lieu, coûte que coûte, à l’échéance actuellement programmée, soit le 31 octobre. Or le Brexit a clairement fait flancher Thomas Cook. Certes le secteur des tour opérateurs souffre grandement des nouvelles habitudes des consommateurs qui organisent désormais seuls et directement en ligne leurs voyages et réservations. Mais la perspective angoissante du Brexit en a rajouté une couche. Cela a freiné les réservations des clients ces derniers temps.

Plus fort encore : le gouvernement britannique aurait dû débloquer 170 millions d’euros pour sauver Thomas Cook de la faillite. Il aurait pu le faire. Mais Boris Johnson, le Premier ministre, a estimé que c’était «  beaucoup d’argent pour le contribuable« . Il a justifié : « cette démarche d’aide représentait un risque moral au cas où d’autres entreprises se retrouveraient confrontées à de telles diffcultés économiques ». Le calcul politique populiste et conservateur fait sursauter alors que le coût du rappatriement de quelque 150 000 ressortissants britanniques va revenir, à lui seul, à près de 680 millions d’euros au Royaume-Uni.

Une machine qui tourne sotte

« C’est un choix politique qui peut se comprendre. Du point de vue économique, faire le geste maintenant, c’est ouvrir la boite de Pandorre parce qu’assurément il y aura d’autres Thomas Cook, expose Didier Van Caillie, professeur en stratégie d’entreprise à HEC Uliège. On est à la veille d’une récession significative et importante. Tous les indicateurs économiques sont fébriles. Et le Brexit en Angleterre est un énorme point d’interrogation qui grossit de jour en jour, paralyse et déstabilise. C’est comme si nous étions face à une machine qui pédale dans le vide et qui tourne sotte ».

Un cercle vicieux

Le cas de Thomas Cook, au-delà du Brexit, est emblématique d’un cercle vicieux dans lequel nous sommes en train de nous enfermer. Les consommateurs sont de plus en plus avides de produits bon marché et de flexibilité entrainant par cette avidité, sans pour autant le vouloir, des pertes d’emplois. Ainsi, Thomas Cook subit un nouveau mode de consommation d’un voyage qu’on ne veut plus standardisé. Les formules « all-inclusie » qui ont fait les beaux jours par le passé sont démodés. À côté de ça, le secteur évolue. Il y a de plus en plus d’opérateurs de petites tailles qui font concurrence et attirent des consommateurs de plus en plus attentifs aux prix. La pression est terrible , les marges de bénéfices sont compressées jusqu’à la limite du supportable et il suffit dès lors de trois fois rien pour basculer dans les pertes. « Il suffit que le coût du kérozène augmente comme le mois passé, par exemple. Les marges sont devenus extrêmement faibles. »

Un comble de cynisme

Thomas Cook, le symbole et le signal d’un monde qui va de plus en plus mal ? D’autres éléments ont tiré le voyagiste vers le bas. « La livre a connu un beau plongeon. Or dans le secteur aérien tout se négocie en dollars. La conversion fait que Thomas Cook a été perdant. Et puis, le rachat par des chinois ( celui qu’on nomme « l’ogre Fosun », NDLR) a tiré en longueur. Cela coûte évidemment moins cher de racheter un groupe en faillite même si cela atteint de plein fouet l’image de l’entreprise ». Un comble de cynisme est atteint ici : le rachat en cours depuis des mois pourrait ne jamais se faire. Ainsi va le monde économique planétaire.

Né en 1841, Thomas Cook est le tour opérateur indépendant le plus vieux du monde. L’opération de rapatriement devrait atteindre plusieurs milliards. Le plan d’urgence a été baptisé Opération Matterhorn, du nom d’une opération de bombardement américaine sur les forces japonaises pendant la Seconde guerre mondiale. C’est du jamais vu et vécu. Il faudra ajouter au rapatriement le drame social, économique et humain des pertes d’emplois. Cette faillite présente un risque de perte d’emploi pour 22.000 employés du groupe, dont 9.000 au Royaume-Uni. Pour l’instant, la filiale belge de l’opérateur échapperait au bain de sang social. Ce n’est peut-être qu’un sursis.

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