On pollue plus avec son smartphone qu’en prenant l’avion

Dans les habitudes de consommation polluantes, le numérique est un véritable hic. Il pollue aujourd’hui plus que le trafic aérien. Mais qui en est vraiment conscient ?

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Le numérique, ce processus immatériel et invisible, devait nous libérer de notre consommation boulimique de papier. Non seulement, il n’en est rien (nous imprimons toujours autant des feuilles que nous ne lisons parfois même pas) mais, en plus, peu de personnes sont conscientes que le moindre clic en ligne est un mauvais geste en soi pour la planète. Si Internet était un pays il serait le troisième consommateur mondial d’électricité, juste derrière les champions que sont la Chine et les États-Unis. Le numérique émet aujourd’hui 4% des gaz à effet de serre du monde, c’est plus que le transport par avion. C’est ce qu’a établi, cet été, le think tank “ The Shift Project ” dans un rapport qui a de quoi effrayer et conscientiser. Si rien n’est fait, en 2025, le numérique polluera autant que le trafic automobile mondial.

La vidéo à la demande, un fléau

Les chiffres donnent le tournis (voir aussi l’infographie). Une simple requête sur internet consomme autant qu’une ampoule basse consommation allumée pendant 1 heure. Envoyer un courrier électronique de 1 Mo à une personne équivaut à une consommation électrique de 25 Wh, soit 1 heure d’utilisation d’une ampoule de 25W. Certaines activités, souvent les préférées des plus jeunes, consomment encore bien plus que d’autres comme la vidéo à la demande et les jeux vidéos multijoueurs en ligne ainsi que les échanges de photos et vidéos via les plateformes de messagerie et les réseaux sociaux.

Le recyclage du matériel, une plaie

L’utilisation individuelle des équipements pollue mais aussi les centres de données, ces géants informatiques qui permettent la circulation et le stockage des données. Et puis, toutes les étapes du cycle de vie des objets numériques sont problématiques. L’extraction de ressources minérales nécessaires à la fabrication du moindre smartphone consomme énormément d’énergie. Ensuite, plus de 45 métaux sont utilisés pour confectionner le portable, des matériaux très difficiles à recycler. À l’heure actuelle, seule l’entreprise belge Umicore est capable de recycler 17 métaux sur 45.

Aussi difficile que de limiter l’automobile

Que faire ? Une série d’éco gestes sont possibles. On préférera la tablette qui consomme entre 5 et 15 kWh par an à l’ordinateur fixe qui en consomme 120 à 250. On veillera à éteindre les équipements que l’on n’utilise pas. Sur son ordinateur comme sur son smartphone, on limitera le nombre d’onglets et de programmes ouverts. On pensera à recycler son équipement en fin de vie et on aura opté pour de la qualité qui dure le plus longtemps possible. On peut avoir une utilisation plus raisonnée en limitant les destinataires de ces courriels et en nettoyant sa boîte de réception. On choisira l’option du disque dur plutôt que les services pourtant si pratiques du Cloud.

Bouleverser et limiter notre pollution numérique ne sera certainement pas plus simple que de réduire l’usage de l’automobile. Le smartphone est devenu le prolongement du corps, de l’existence, des pensées de plusieurs générations, désormais rivées à longueur de temps sur leur écran. Il n’est d’ailleurs pas certain que les mêmes qui manifestent dans les rues soient bien informés d’à quel point ils sont, à leur manière, de sacrés pollueurs.

 

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