Pourquoi les urgences sont débordées

En moyenne, les malades doivent patienter trois heures avant d'être pris en charge. L'attente pourrait être moins longue si les hôpitaux pouvaient embaucher plus et que les patients ne se rendaient pas aux Urgences pour trois fois rien.

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Selon une étude de Test-achats menée avant l’été, un patient passe en moyenne trois heures aux Urgences entre son entrée dans l’hôpital et sa sortie. On doit ce temps d’attente à divers facteurs qui font l’objet des actions relancées par la Centrale nationale des Employés (CNE) depuis la rentrée. Elle réclame de meilleures conditions de travail pour le personnel soignant et singulièrement les infirmiers. En cause, notamment, la pénurie criante de personnel.

Tous les services hospitaliers en souffrent. Celui des urgences peut-être un peu plus que les autres, car ils ne peuvent pas vraiment faire appel aux équipes « volantes » pour les besoins de renfort. « Le travail dans le service d’urgence est très particulier. Aucun travailleur ne peut vraiment remplacer un absent au pied levé, constate le chef de service d’urgence de la Clinique Saint-Pierre à Ottignies et secrétaire du Belgian college of emergency physicians Jean-Pierre Pelgrim. D’autant qu’il existe aussi une pénurie médicale. Les universités doivent fournir un quota de spécialistes et ne peuvent pas favoriser une spécialité plutôt qu’une autre. Dans le réseau UCL, on forme 15 à 17 urgentistes par an. Il y a une réelle difficulté de recrutement de personnel compétent et motivé. »     

Vacances écourtées

Au quotidien, la situation est difficile à gérer pour toute l’équipe. Véronique, 43 ans, est infirmière dans un service d’urgence bruxellois. « Cet été, j’ai dû écourter mes vacances de deux jours à cause d’une collègue tombée en burn-out. Rien ne m’obligeait à le faire, mais on voudrait que les autres le fassent pour nous. » Le chef de service poursuit: « Cette entraide peut marcher si ça ne se reproduit pas trop souvent. Par ailleurs, si on doit être 5 infirmiers et qu’on est 4, les médecins mettent la main à la pâte. Quand il faut mettre un malade au scanner, c’est le médecin qui pousse le brancard. On aide comme on peut. » À l’inverse lorsqu’il manque un docteur, les infirmières s’arrangent pour essayer de rendre les choses plus fluides.

Véronique a une pensée pour ses collègues de l’accueil. « Je ne m’occupe pas des patients en salle d’attente qui se plaignent énormément et sont parfois insultants. Ils le sont également une fois pris en charge, mais c’est un à la fois. Pas une dizaine. »

Si pour régler la pénurie, le secteur attend une réponse politique ambitieuse, les patients peuvent déjà soulager les services. Le problème de débordement des urgences vient en effet aussi d’une mauvaise éducation à la santé. Il ressort de l’étude de Test-achats que seul un patient sur trois consulte d’abord un généraliste avant de se rendre aux urgences. Ils justifient cela par le meilleur équipement à l’hôpital (32 %), car le médecin ne consulte pas à ce moment-là (20 %), car le personnel hospitalier a plus d’expérience (17 %) ou parce que l’hôpital est plus proche du domicile du patient que le cabinet du généraliste (15 %).

L’effort des patients

Jean-Pierre Pilgrim termine: « Les patients viennent en clinique en étant convaincu de ce dont ils ont besoin, car ils ont vu Dr Google. De l’autre côté, le ministère interdit de répondre aux exigences, car on doit faire des économies d’échelle. Vous êtes entre le deux, c’est vous qui voyez le patient pas le ministre. Les décisions ministérielles sont loin d’être mauvaises. Par exemple, l’abus de scanners peut déclencher un cancer. Donc il faut rationaliser. Le patient ne l’entend pas ainsi. Si j’applique les recommandations, j’entre en conflit avec lui. » Les conséquences ne sont pas anecdotiques. En Belgique, un infirmier sur quatre serait en maladie et parmi les assistants en médecine d’urgence, « 10 % sont déjà en burn-out », termine Jean-Pierre Pelgrim.

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