Pourquoi les ados sont nuls en français

3 élèves de deuxième secondaire sur 10 ont raté l'épreuve de français du CE1D. C'est 14 % de plus qu'en 2016. On doit entre autres ce désamour pour la langue au manque de livres dans les écoles.

belgaimage-48479299-full_1

Les résultats de l’épreuve externe de français qui permet à un élève d’obtenir son certificat d’études du premier degré secondaire – le CE1D – interpellent. En 2019, seuls 72 % des candidats ont obtenu plus de la moitié des points à l’examen. L’an dernier, ils étaient 78,8 % et en 2016, 86,1 %. Les résultats de nos ados ne sont pas une exception dans le monde francophone. Nos voisins français, notamment, ne font pas beaucoup mieux. Selon le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), un élève de CM2 fait en moyenne 7 erreurs de plus aujourd’hui qu’en 1987 sur une dictée moyenne. Diverses études justifient cette baisse de niveau par la disparition progressive du passé simple au profit du présent, la suppression du vocabulaire désuet, le désamour pour le latin, les simplifications des romans pour ados ou encore la raréfication de l’écriture manuscrite. Internet, les textos et les réseaux sociaux sont aussi parfois pointés du doigt. La mauvaise performance de nos élèves fait à juste titre réagir beaucoup du monde… mais pas toujours de la meilleure des manières. Alain Destexhe a notamment manqué l’occasion de se taire sur Twitter en commettant une grosse faute d’orthographe.

L’enseignante, formatrice à la Haute Ecole Léonard de Vinci et autrice d’une thèse de doctorat sur les difficultés de lecture au collège Séverine De Croix préfère tempérer: « Si les résultats évoluent positivement ou négativement, c’est également dû à des effets de cohorte. L’épreuve peut s’avérer plus simple ou difficile d’une année à l’autre. Il ne faut pas avoir un discours alarmiste. » Or on se rappelle, justement, de la petite polémique qui avait eu lieu le 13 juin à cause d’un exercice de compréhension d’un document audio dont la qualité sonore laissait vraisemblablement à désirer.

Lire sans comprendre le sens

Séverine De Croix ne s’étonne cependant pas des difficultés en lecture et écriture. « L’activité de lecture est complexe, car elle combine plusieurs facettes, commence-t-elle. Être un bon lecteur revient d’abord à développer une familiarité avec les écrits et leurs usages. Plus on connaît une diversité de textes, plus on a de chances d’être un bon lecteur. Pour cela, il est essentiel que les enfants et adolescents manipulent des livres, des journaux, des écrits numériques. » Ensuite, elle pointe la capacité de l’enfant à identifier les mots. « On remarque que les élèves en début de secondaire n’ont pas tous automatisé une série de procédures de reconnaissance des mots. D’autres sont capables d’identifier les mots, mais éprouvent des difficultés à comprendre le sens. Ces enfants-là ont tendance à éviter les situations de lecture qui pourraient pourtant les aider. C’est un cercle vicieux. » Il arriverait aussi que certains arrivent en secondaire sans pouvoir se représenter mentalement ce qu’ils lisent ou en étant incapable de formuler des hypothèses lorsque la fin d’une histoire est ouverte, par exemple.                                                 

Des modèles de lecteurs

Séverine De Croix évoque plusieurs pistes de solution. « Concernant l’orthographe, on enseigne souvent les petites règles de façon isolée. Résultats des courses, les enfants parviennent à réaliser leurs exercices d’accords du participe passé, par exemple, mais lorsqu’il s’agit d’appliquer toutes les règles dans un texte continu, c’est compliqué. Peut-être faudrait-il enseigner ces règles comme un système. » Quant à la lecture… Elle plaide pour un retour intensif des livres dans les écoles. « Par manque de moyens, les enseignants photocopient parfois des extraits. Il faut que les enfants puissent manipuler les bouquins. Les compétences vont de pair avec la jouissance de la lecture. Les enfants ont d’ailleurs besoin de modèles de lecteurs, c’est-à-dire des adultes qui passent du temps à lire et qui éprouvent du plaisir à le faire. »

Elle termine: « Enseigner la langue française est particulièrement complexe. En France, la vaste enquête Lire et écrire a conclu que les méthodes utilisées n’avaient pas d’effet sur le niveau des élèves. Faut-il aller du code vers le sens ou du sens vers le code? Le débat est encore ouvert… »

Sur le même sujet
Plus d'actualité