« Aucun risque de transmission du VIH, même dans un sport de contact »

Comment fait-on du sport quand on est séropositif ? Comme tout le monde. Sauf que la discrimination est inévitable, même si le risque de transmission est quasiment nul.

©Belga

Ce week-end, l’ancien rugbyman gallois Gareth Thomas a confié vivre avec le VIH depuis plusieurs années. Son annonce, au sein d’un documentaire diffusé mercredi sur la chaine galloise de la BBC, offre l’occasion de s’interroger sur la place des personnes atteintes du VIH dans les milieux sportifs.

Peut-être encore plus que pour les autres, l’exercice physique est essentiel pour les personnes souffrant du Sida. Mais on imagine aisément leurs craintes à l’idée de révéler leur séropositivité quand ils essayent d’intégrer une équipe. « Il n’y a pas d’exclusion au sens structurel du terme. Par contre la discrimination existe » confirme Rudy Gooris, directeur de l’association Sida IST Charleroi-Mons. « Il est clair que révéler sa séropositivité peut mettre à mal l’intégration d’une personne dans une équipe, comme cela peut nuire à sa carrière dans le monde professionnel. J’ai déjà entendu que dans certains cas, il y avait eu un retour de bâton. »

Thierry Martin est directeur de la plateforme Prévention Sida. Pour lui aussi, la tendance est plutôt au silence. « Il n’y a pas vraiment d’enquête sur le sujet, mais selon les échos que j’ai reçus, la plupart des sportifs séropositifs ne disent rien de leur état de santé de peur d’être mis de côté. Il y a un tabou important autour de cette problématique, surtout en ce qui concerne les sports d’équipes. » Histoire de couper court à toute ambiguïté, tous deux insistent très lourdement sur le fait que les risques de transmission sont pratiquement nuls. « Aujourd’hui, les traitements permettent ce qu’on appelle « une charge virale indétectable ». Ce qui veut dire que le virus a presque disparu du sang et que la transmission est quasi impossible » explique Rudy Gooris, et ce même en cas de contact provoquant une plaie.

« La peur n’est pas justifiée, confirme Thierry Martin. Pratiquement, il faudrait vraiment un concours très malheureux de circonstances. Déjà, le VIH meurt vite à l’air libre. En plus, il est important de rappeler qu’une petite goute ne suffira pas à transmettre le virus. Il n’y a un (petit) risque qu’en cas de grosse blessure et d’importante quantité de sang. Et que l’un des deux soit séropositif et non traité. »

Le risque de ne pas se connaitre

Que ce soit auprès des sportifs ou de la société dans son ensemble, les associations doivent encore se débattre pour faire comprendre qu’une fois traité, le virus est intransmissible. « Il ne faut pas non plus oublier que dans le sport, l’homophobie est encore très présente. Et le lien est vite fait avec la séropositivité. Ce lien n’aide pas » déplore Rudy Gooris.

Un stress permanent dévore les patients séropositifs en traitement. « Même s’ils ne peuvent pas transmettre le virus, ils continuent à craindre de le faire durant le sport. Ils sont presque « exagérément prudents ». » En réalité, les risques sont surtout à trouver du coté des personnes qui ne sont pas au courant de leur séropositivité. « En Belgique, 93% des séropositifs connus ont une charge virale indétectable. On estime à 3.000 le nombre de personnes atteintes du VIH sans le savoir et on pense qu’elles seront responsables de 80% des prochaines contaminations. Une preuve que le dépistage est indispensable. »

Une question se pose : une personne atteinte du VIH qui intègre une équipe devrait-elle être totalement transparente auprès de ses équipiers quant à sa séropositivité ? « Pas à mon sens, répond Rudy Gooris. L’idéal serait d’en parler d’une manière globale sans que personne ne soit dans l’obligation de se dévoiler. » Thierry Martin d’acquiescer. « Selon le type de sport, en parler à un médecin peut être une bonne idée. Mais cela reste inscrit dans le secret médical et on ne peut pas obliger quelqu’un à révéler qu’il est séropositif. »

La sérophobie s’entoure encore d’un important tabou, que le sport pourrait participer à faire tomber. On pourrait imaginer les fédérations prendre le phénomène en main mais on n’y est pas encore. « Malgré les énormes avancées médicales, les gens appréhendent encore le Sida comme il y a vingt ans » conclut Thierry Martin.

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